RDC : Violées, des filles vivant avec handicap obtiennent difficilement justice
En République démocratique du Congo, environ 63% de femmes et filles vivant avec handicap sont victimes des violences sexuelles.

A Kinshasa, cette situation est aussi courante. C’est le cas de Maya (prénom d’emprunt), cette jeune handicapée, sourde et muette, violée mais qui attend toujours justice.
Nous sommes au Quartier III dans la commune de Masina à l’Est de Kinshasa. Dans la nuit de samedi 13 au dimanche 14 février 2021, Maya, une jeune fille sourde-muette de 15 ans est victime du viol. Parmi les suspects, un policier du Bureau II (service de renseignement au sein de la police nationale congolaise). Depuis, ce dernier a disparu dans la nature et serait, selon la famille de la victime, protégé par ses collègues de la police.
‘’Ma nièce avait disparu, vers 20 heures. Nous l’avions cherchée toute la nuit de samedi sans succès. C’est le matin du dimanche que son cousin l’a aperçu au commissariat de la police et l’a ramenée à la maison», explique la tante de Maya, encore affectée par l’évènement.
«Quand nous avons demandé à la fille où elle était, elle nous a expliqué qu’un policier et cinq autres jeunes garçons du quartier l’ont emmenée dans un kiosque puis l’ont violée. C’est après leur forfait que le policier l’a déposée au commissariat où elle a passé la nuit», ajoute-t-elle.
Du coup, la famille décide de rentrer au commissariat pour comprendre davantage ce qui venait de se passer et déposer plainte. «Nous y avions rencontré quelques policiers qui nous ont dit que leur collègue qui est venu la veille avec Maya leur avait dit qu’elle était sa copine. Mais, comme elle parlait en langue des signes, ils n’ont pas pu l’interroger pour en savoir davantage».
La plainte ayant été déposée auprès de l’officier de la police judiciaire, celui-ci décide de faire une descente pour rechercher les suspects. «Nous sommes allés sur place, ensemble avec la police. C’était tout près, au quartier, dans un kiosque où on vend des liqueurs fortes. Là, le policier qu’on suspectait n’y était plus. Seulement, deux garçons, parmi les bourreaux, qui ont été arrêtés’’, raconte la tante.
Après que le dossier soit transféré au parquet, les deux suspects, eux, ont été libérés car, encore mineurs. Mais le policier, présumé auteur principal du viol, est resté introuvable.
Des victimes silencieuses
La situation de Maya n’est pourtant pas un cas isolé. Plusieurs autres personnes en situation d’handicap sont régulièrement victimes des viols dans la ville de Kinshasa et dans plusieurs provinces de la République démocratique du Congo. Mais, ceci se passe souvent sous silence, nombreux sont des parents qui préfèrent garder l’anonymat, mieux refusent carrément de porter plainte pour plusieurs raisons, entre autres, la stigmatisation. «Généralement, il y a des cas qui se passent dans des familles. Mais, celles-ci évitent d’aller en justice pour ne pas être stigmatisées. D’autres préfèrent se taire par manque des moyens, d’argent pour saisir la justice et poursuivre la procédure », explique Stéphanie Bola, chargée des projets au sein du Forum des défenseurs et organisations des personnes vivant avec handicap en Afrique centrale et dans la région des Grands lacs (FOPHAC).
D’après Me Patrick Pindu, avocat près la Cour d’appel de Bandundu, actuellement Kwilu, il revient à l’Etat congolais d’adopter une politique nationale de sensibilisation pour que les filles et femmes vivant avec handicap victimes des violences sexuelles brisent le silence.
«L’Etat doit sensibiliser les personnes vivant avec handicap sur les différentes lois ou instruments qui promeuvent leurs droits et les protègent contre les violences sexuelles. Elles doivent aussi être en mesure de dénoncer tout cas de viol», explique Me Pindu.
En République démocratique du Congo, la loi prévoit une peine maximum de 20 ans pour les personnes reconnues coupables de viol. Selon l’article 171 de la loi sur les violences sexuelles, en cas de viol, « le maximum des peines (…) sera doublé s’il est commis sur une personne vivant avec handicap».
Un appel pour la justice
Entretemps, la famille de Maya réclame toujours justice. Même la facture pour les soins qu’elle a reçue dans un hôpital de la place après le viol, soit 106 dollars américains, n’est toujours pas payée faute de moyens. Inconsolable, la famille de la victime ne sait pas à quel saint se vouer car, n’ayant pas des moyens ni d’appui pour aller au terme de la procédure.
‘’Nous voulons que justice soit faite. Notre fille a été cruellement abusée. Nous demandons à ce que celui qui l’avait conduite à la police soit retrouvé. C’est lui l’auteur principal du viol’’, insiste l’un des membres de la famille de la victime qui sollicite l’intervention de la première dame Denise Nyakeru et de la ministre déléguée aux affaires sociales en charge des personnes vivant avec handicap et autres vulnérables, Me Irène Esambo.
Selon l’ONG Fédération nationale des associations des personnes vivant avec handicap du Congo (FENAPHACO), au Congo-Kinshasa, près de 63% filles et femmes handicapées sont victimes de violences sexuelles. Au moins cinq d’entre elles sont violées chaque jour à cause de leur handicap et de l’insécurité qui règne dans leurs milieux.
Source: laprosperite.online







