Bosnie : Des enfants handicapés retrouvés ligotés, le pays sous le choc

Plusieurs centaines de personnes ont protesté le 21 novembre 2019 à Sarajevo, la capitale bosnienne, après les révélations sur des traitements dégradants infligés à des enfants d’un établissement pour mineurs atteints de troubles mentaux, une affaire qui a choqué le pays balkanique.
Des enfants ligotés
Cette manifestation a été organisée au lendemain de la diffusion par une élue de photos prises « depuis un an » dans cet établissement, hébergeant 350 enfants, situé à Pazaric, près de Sarajevo. On y voit des enfants, les bras ligotés, parfois dans le dos, et dont les jambes sont liées par des cordes à un radiateur ou à la structure de leur lit, pour les empêcher de bouger. Le directeur de l’établissement, Redzep Salic, en poste depuis mai, a affirmé que ces photos n’avaient pas été prises durant son mandat. Lui-même avait dénoncé en septembre la présumée « criminalité » de la précédente direction, à l’origine, selon lui, d’une situation très précaire dans l’établissement.
Les manifestants réclament des sanctions
Les manifestants, dont des parents d’enfants handicapés, ont protesté devant le gouvernement de l’entité croato-musulmane de Bosnie, mais leurs représentants n’y ont pas été reçus, a rapporté la télévision privée N1. La Bosnie est composée de deux entités autonomes, une serbe et l’autre croato-musulmane, unies par un gouvernement central. « Que faut-il encore révéler pour que quelqu’un réagisse? Il faut voir d’urgence ce qui se passe et ce qui se passait là-bas. Des responsables doivent être poursuivis et sanctionnés », a lancé à la foule Edo Celebic, représentant les parents d’un autre établissement similaire de Sarajevo.
« Esclavagisme moderne »
L’élue du Parlement de l’entité croato-musulmane, Sabina Cudic, qui a distribué le 20 novembre 2019 ces photos à la presse, avait déclaré que les enfants de l’établissement étaient victimes d’un « traitement effrayant ». Selon cette députée de Nasa Stranka (Notre Parti, opposition), qui a cité plusieurs rapports d’une inspection, des enfants avaient aussi été amenés « à faire des travaux dans des locaux privés (des membres) de la précédente direction ». « Cette situation peut être qualifiée d’esclavagisme moderne », a-t-elle dit. Elle a également relaté qu' »une seule aide-soignante » surveillait pendant la nuit des groupes d’une cinquantaine d’enfants de l’établissement de Pazaric et que certains d’entre eux y étaient ligotés jusqu’à « 14 heures » d’affilée. Sabina Cudic a expliqué avoir décidé de publier ces photos en raison de l’absence de réaction du gouvernement, qui avait été saisi en septembre et octobre par un comité parlementaire. « Ma décision (…) résulte d’un désespoir et d’une profonde perte de confiance dans le système et les institutions », a-t-elle déclaré.
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