ActualitésSensibilisation au handicap

Côte d’Ivoire/Allo Richard (Directeur exécutif AIBEF): « Handicapé ou non, chaque enfant a un droit »

Allo Richard, Directeur exécutif de l’association ivoirienne pour le bien-être familial (AIBEF), organisation non-gouvernementale crée le 11 septembre 1971, qui travaille de concert avec l’État de Côte d’Ivoire dans le domaine de la santé sexuelle et de la santé de la reproduction s’est livré aux questions de ivoirehandicaptv.net

AIBEF et  handicap, quel lien?
Le samedi 15 juin 2019, nous avons été à anyama où nous avons célébré la journée mondiale de l’enfant africain avec les personnes vivant avec handicap. La réalité des choses, c’est que nous AIBEF, la grande famille IPPF, notre cible première c’est les personnes non desservies, les personnes vivant avec un handicap, les personnes qui ont un revenu assez faible, les zones qui sont moins approvisionnées par les uns et les autres, bref notre cible c’est vraiment les personnes démunies. Nous avons approché les personnes vivant avec un handicap moteur, c’est vraiment pour la toute première fois que nous sommes en contact avec les sourds muets. La raison est toute simple, parce que nous ne comprenions pas leurs messages et nous ne savions pas comment nous adresser à eux. En 2015, nous avons initié un projet qui n’a finalement pas vu le jour à cause de l’incompréhension avec le partenaire. Cette année, nous avons décidé de faire un projet avec le gouvernement Anglais où il faut prendre en compte les personnes vivant avec un handicap, nous avons cherché et nous avons trouvé les personnes sourdes et muettes. Là, l’association des parents des personnes vivant avec un handicap auditif nous a beaucoup aidé, ils savent comment parler avec leurs enfants, ça sera pour nous la porte d’entrée pour nous occuper de cette cible assez particulière. Le projet a vu le jour et nous allons désormais prendre en compte ces personnes qui ont des droits. Il nous appartient donc de faire en sorte que ces personnes soient suffisamment informées en matière de sexualité, en matière d’éducation complète à la sexualité, en matière de gestion de cycle et de contraceptions.

Comment allez-vous concrètement piloter ce projet?
Lors de la cérémonie de la journée mondiale dédiée à l’enfant africain, nous avons compris quelles approches utilisées. La première consistera à former des éducateurs de paire. C’est-à-dire, on va prendre en leur sein des personnes sourdes-muettes qui parlent avec les signes. On formera ces personnes en leur donnant l’éducation nécessaire en matière de santé de la reproduction et même dans d’autres modules comme par exemple les compétences de vie, les activités génératrices de revenues, il faut que ces personnes se prennent en charge elles-mêmes pour éviter de mendier. Après, ces personnes formées iront transmettre ce message à leurs paires qui sont également sourds et muets et donc c’est cet ensemble de personnes qu’on va sensibiliser qui va donc s’orienter vers nos cliniques pour bénéficier des services que nous avons. Ça, c’est la première chose. La seconde, nous allons identifié des leaders de chaque communauté (plusieurs sites de personnes sourdes et muettes ont été identifiés). Ces leaders seront orientés et eux aussi orienteront leurs différentes communautés et vont servir de liaison ou de points focaux entre l’AIBEF et ces personnes vivant avec un handicap. Pour dire que nous allons établir un lien entre cette cible particulière et l’AIBEF et au fur et à mesure, nous allons développer d’autres services pour leur permettre d’avoir une vie agréable. Pour preuve, un des nôtres est handicapé moteur, il était rejeté et considéré comme un sorcier mais il a pu finir ses études universitaires et aujourd’hui, il est ingénieur démographe. Donc, c’est des personnes qui ont des savoirs et des capacités qu’on peut développer. Je pense qu’après leur avoir donné des compétences de vie, on pourrait trouver des bailleurs de fonds avec qui on fera la promotion de l’enseignement professionnel (couture, coiffure, mécanique) pour que leur handicap ne soit pas un handicap pour la vie et que cet handicap soit transformé en une opportunité pour avoir une vie meilleure.

On parle de plus en plus d’éducation inclusive?
c’est un vocable certes nouveau mais c’est quelque chose que l’AIBEF pratique depuis très longtemps. Nous avons chez nous, le mouvement d’action des jeunes (élèves, étudiants…) qui parlent comme s’ils étaient des spécialistes de la santé. Dans leur formation, on leur donné l’éducation nécessaire pour avoir des compétences de la vie. Ce qui faut retenir, c’est l’information qui donne la bonne santé. Donc, l’information qu’on leur a donné leur permet d’être en bonne santé, d’avoir un comportement responsable, de pouvoir se prendre en charge.
En tant que société civile, on aurait souhaité depuis longtemps prendre le volet handicap en charge. Il nous était difficile par rapport à l’approche. Nous allons donc mener un plaidoyer pour que les choses s’améliorent.
On essayera de réfléchir pour voir si on peut créer des écoles spécialisées pour cette cible.
Quel qu’un disait qu’a la procréation, on pouvait savoir si l’enfant aura un handicap, il faut faire en sorte pour que ça soit dépisté précocement pour que des mesures soient prises. Dans le cas des sourds muets, on peut préparer les parents de telle sorte,  quand l’enfant naît l’éducation de celui-ci soit beaucoup plus aisée.
Je voudrais appeler les parents des personnes qui vivent avec un handicap de considérer leurs enfants comme des enfants normaux. La preuve, il y a certains qui sont allés jusqu’au doctorat, ingénieur. Ce sont des enfants normaux comme tous les autres. Il faut avoir le même amour qu’on a pour les enfants normaux avec ces enfants.
Nous autres prestataires, nous devons faire de sorte qu’il y ait en notre sein des personnes qui puissent parler avec des signes pour que quand ces personnes arrivent pour des soins, le dialogue puisse s’établir donc ça suppose que les médecins, sages femmes, les prestataires que nous allons formés désormais à l’infas, à l’université, doivent être outillés pour une prise en charge efficace. L’État de Côte d’Ivoire, doit faire en sorte que la prise en charge de ces personnes soit effective. Ils ont des droit, ils ont besoin de vivre, handicapé ou non, chaque enfant a un droit, il faut qu’on puisse les respecter et surtout dans la paix pour que nous puissions développer tous ces programmes en faveur de cette couche de personnes.

Interview réalisée par Guy Martial KOUASSI

 

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