Côte d’Ivoire : Aveugle, Donwahi Blanchard est professeur d’Allemand, voici son émouvante histoire

Donwahi sery blanchard, professeur d’Allemand au lycée Sainte Marie de Cocody a su se battre pour être là où il se trouve aujourd’hui malgré son handicap visuel.
En effet, atteint de cécité depuis la naissance, ce handicap n’a pas eu raison sur la volonté de réussir de Donwahi Sery Blanchard.
‘’L’histoire qu’on m’a racontée c’est que ma mère a tenté de faire un avortement pendant qu’elle était enceinte de moi. C’est cette tentative échouée qui m’aurait rendue aveugle, donc, je suis un enfant qui a voulu vivre’’, a-t-il affirmé avec sourire.
Pour lui, son père ne savait pas quoi faire d’un fils aveugle qui plus, l’ainé d’une famille de 13 enfants.
‘’Mon père qui ne savait pas quoi faire de moi lisait les journaux et s’est un jour aperçu qu’il existait une école pour aveugle du nom de l’Institut ivoirien pour la promotion des aveugles (INIPA) à yopougon. Aussitôt, il est allé m’inscrire et j’ai commencé à prendre les cours dans cette école le lundi 8 octobre 1979. J’ai appris le braille, j’y ai fait mon cursus jusqu’ à la classe de cm2’’, a précisé Donwahi sery blanchard.
Arrivé au collège, c’était une autre réalité car là, c’était avec les voyants.
‘’Il fallait prouver parce qu’on ne devait pas rester les bras croisés. C’était un autre monde qu’on découvrait. À l’INIPA, c’était entre nous aveugles. On a donc travaillé pour être au-dessus du lot. Nous étions 2 aveugles dans la classe et les premières places en classe étaient entre nous. C’est comme ça que nous avons fait notre parcours jusqu’au BEPC et au BAC en 1993’’, a-t-indiqué.
Ajoutant que ‘’des professeurs étaient indifférents et que c’est leur travail qui leur ont permis de s’imposer sinon ils seraient isolés’’.
Toujours selon lui, ce sont également les résultats qui ont contribué au changement de regard sur eux.
‘’Notre difficulté, c’était au niveau du décodage en braille, il fallait quelqu’un pour nous aider à le faire. C’était donc un parcours du combattant pour pouvoir le faire’’, a-t-il affirmé.
Arrivé à l’université, c’est un autre parcours du combattant. A la longue, ses amis d’amphi ont vu qu’il était à jour en ce qui concernait les cours par rapport à eux dits normaux avec l’écriture en braille. A la suite de cela, il a eu le concours de l’école normale supérieure (ENS). Après la formation, il fallait faire le stage.
« J’ai fait donc mon stage au lycée Sainte Marie de Cocody et là, j’avais un souci, celui d’écrire au tableau. J’ai pu résoudre ce problème grâce à l’aide d’un jeune étudiant en licence d’allemand qui m’a aidé à le faire en écrivant tout ce que je disais concernant le cours au tableau », a-t-il avoué.
« Pendant l’inspection, un des inspecteurs m’a interpellé pour me dire qu’il a retenu 2 choses avec moi. La première, c’est que j’avais un bon niveau de langue et la seconde, c’est que malgré que je ne vois pas, mais je maîtrisais ma classe », a-t-il ajouté.
Après la réussite de son inspection, Donwahi Blanchard a tenté sa chance en envoyant un courrier au ministère de l’éducation nationales pour signifier qu’il souhaiterait rester à Sainte Marie, la même école dans laquelle il a fait son stage.
<<Suite à la réponse favorable de mon courrier, j’ai pris service depuis le 3 décembre 2002 dans cette école. Au début, les choses n’étaient pas aisées car la directrice ne voulait pas me confier de classes. Elle voulait que je m’occupe du club d’allemand. C’est donc une ancienne censeure, feue Mme Youbouët qui m’a défendue en disant que je n’étais pas là pour le club d’allemand et que j’étais un professeur qu’il fallait mettre à l’épreuve pour voir si j’avais la compétence ou pas. Les deux dames étaient à « couteau tiré » à cause de moi. Après cela, la directrice a affirmé qu’elle ne me donnera pas de classe de terminale et que je devais prendre la classe de première. Avec le temps, j’ai commencé à enseigner les terminales et les choses se passent très bien aujourd’hui et les gens ont beaucoup de respect pour moi>>, a-t-il précisé.
Parallèlement à sa fonction d’enseignant, Donwahi sery blanchard est aussi un musicien.
‘’A l’INIPA, j’avais appris à jouer au piano et à chanter avec l’orchestre de l’institut’’, a-t-il signifié.
Pour lui, son parcours lui a permis de comprendre que les personnes en situation de handicap n’ont rien perdu dans la vie.
« Celles qui sont en train de se lamenter, je pense que c’est l’ignorance qui fait. Moi, je n’ai aucun complexe. Si vous avez entendu que nous personnes handicapées, nous pouvons aller à l’école, pourquoi être complexées alors ? », a-t-il indiqué avant de conclure que » l’école inclusive ne peut être possible que si toutes les structures et infrastructures sont vraiment mises en place et surtout si le personnel est formé, sinon pour l’instant, ce sont des slogans ».
GMK







