Ivoirehandicaptv.net: Comment avez-vous intégrer l’Armée ?
Général Kouamé Akissi: Il y avait des recrutements qui se faisaient. C’est comme ça que je suis entrée dans l’armée.
Vous avez été parachutiste. En tant que femme, quel regard vos collègues hommes portaient sur vous ?
Gl K. A: Ils trouvaient bizarre qu’une femme fasse la même chose qu’eux. Moi je me suis dit que si les hommes pouvaient le faire, c’est que moi aussi je pouvais le faire. Je l’ai fait et cela a réussi. Je n’ai pas eu de bobos donc j’ai encouragé d’autres femmes à pouvoir faire comme moi. C’est-à-dire les femmes qui venaient après nous en médecine, je leur disais qu’elles pouvaient sauter comme les hommes. Après tout, on a le même cœur. Selon l’anatomie de l’Homme, il n’ya pas un cœur pour l’homme, il n’y a pas un cœur pour la femme.
Qu’est-ce que vous retenez de toutes ces années que vous avez passé au sein de l’armée ?
Gl K. A: C’était une belle expérience parce que se frotter aux hommes, c’est une bonne chose. J’ai toujours été avec les filles dans les écoles et je me suis frotté à elles depuis le collège, le lycée jusqu’à l’université. Et comme j’aimais la rigueur, j’ai voulu être avec les hommes. Au début ce n’était pas facile parce que les hommes pensaient qu’on ne pouvait pas. Mais avec le travail quotidien, ils ont vu que nous étions capables. Moi j’ai aimé le temps que j’ai passé dans l’armée parce qu’il y avait beaucoup de choses à apprendre.
Quel conseil pouvez-vous donner à toutes ces jeunes filles qui veulent embrasser cette carrière ?
Gl K. A: Pendant ma retraite (je ne suis pas à la retraite parce qu’un général n’est jamais à la retraite) je fais des consultations au niveau de la sécurité et les femmes dans les collèges pour les encourager à choisir le métier. Surtout lorsqu’il y a les recensements, j’encourage les jeunes filles à pouvoir elles aussi déposer leurs dossiers pour concourir au même titre que les hommes. C’est ce que je faisais quand j’étais militaire, quand j’étais encore sous le drapeau. Maintenant même je le fais encore plus et je passe même de village en village parce que ma fondation me permet de passer dans les villages. Je prends mon exemple pour dire aux populations : ‘’vous voyez, j’ai été militaire et je suis arrivée au grade de général que seulement les hommes avaient à l’époque, laissez vos filles embrasser aussi ce métier, c’est possible’’. Les jeunes gens également beaucoup sont laissés pour compte par manque d’argent donc je leur dis de venir pour qu’on puisse voir ce qu’il faut faire. Avec des connaissances, des coups de fil, on peut aider les jeunes gens aussi, ceux qui ont cru qu’en étant au village la vie est terminée de pouvoir venir en ville et passer les concours et ça leur réussi. On a toujours des remerciements et des reconnaissances qui nous sont adressés et moi je dis que la gloire revienne au Seigneur Jésus.
Quand est-ce que cette fondation a vu le jour ?
Gl K. A: J’ai beaucoup travaillé dans les ONG et avant d’aller à la retraite j’ai créé la fondation, depuis le 15 novembre 2014. Puisque j’étais en activité je ne travaillais pas à plein temps. Maintenant que je suis à la retraite je travaille plus à la fondation. Et l’une des motivations, c’était d’encourager plusieurs jeunes filles qui après un premier ou 2ème échec se disent qu’elles ne peuvent pas y arriver. C’était pour qu’elles puissent se dirent qu’elles peuvent aussi devenir des femmes générales comme moi ou même plus.
Quelle est la mission de la fondation ?
Gl K. A: La Fondation s’occupe des droits des femmes, des droits de l’enfant et aussi je fais de l’autonomisation de la femme, la scolarisation de la petite fille et des nécessiteux. Je les aide dans leur domaine sur tous les plans. Que ce soit sur le plan financier, que ce soit pour leur trouver des écoles etc. C’est ce que je fais à la Fondation.
Qu’est ce qui a réellement motivé sa création ?
Gl K. A: L’envie d’aider les jeunes à réussir et même plus que moi. Parce que Jésus a dit vous ferrez de grandes choses mais vous ferrez de plus grandes choses que moi. Cette parole tirée de la Bible au chapitre 14 du livre de Jean au verset 12 m’a beaucoup animé, m’a beaucoup touchée. Moi je n’aime pas voir les gens souffrir et je me dis si moi Akissi j’ai pu réussir, tout le monde peut réussir. Il faut seulement une petite aide quelque part, un petit conseil pour créer le déclic pour que la personne puisse aller de l’avant. Voici ce qui a motivé la création de cette fondation. Il y a également l’amour du prochain.
Depuis la création de cette fondation quelles sont les activités que vous avez pu mener et quelles en sont les retombées ?
Gl K. A: Sur le plan de la scolarisation des jeunes, la plupart des jeunes hommes et femmes qui ont le Bac et qui pour 50.000FCFA, 60.000FCFA ne pouvaient pas s’inscrire à l’université, quand ils viennent à la fondation, nous réussissons à les recaser dans les universités privées qui sont partenaires avec nous. Il y a beaucoup qui sont dans d’autres universités, qui ont eu leur master, qui ont pu même postuler pour des bourses et qui sont en Europe. Beaucoup d’autres ont pu avoir leur diplôme. Des mamans viennent nous solliciter donc on les aide comme on peut avec nos propres fonds. Pour le moment, nous travaillons sur fonds propre. Nous allons beaucoup dans les villages parce que dans les villages, il n’y a pas d’écoles, il n’y a pas d’électricité, il n’y a pas d’eau potable et donc nous allons pour faire la sensibilisation surtout en ce qui concerne la maternité sans risque, la lutte contre les violences basées sur le genre. Quand nous découvrons ces villages enclavés, nous faisons tout pour pouvoir les sortir de la pauvreté. On les aide à avoir une école décente. Ce n’est pas nous qui construisons, nous faisons appel à nos connaissances. On les aide également à avoir l’électricité et l’eau. Notre zone de prédilection, c’est Konanbakro, un village situé vers Bouaflé. Quand nous sommes arrivés là-bas il n’y avait pas d’écoles mais maintenant ils ont des écoles, des châteaux d’eau. Il reste à pavaner les rues pour qu’on puisse avoir un petit village coquet.
Une de vos missions c’est la prise en charge des femmes en milieu carcéral. Comment se fait de manière concrète cette prise en charge ?
Gl K. A: Nous sommes allés plusieurs fois en milieu carcéral notamment à Abidjan. Nous sommes allés leur donner de la nourriture et puis nous avons sponsorisé celles qui sont sorties de prison pour leur permettre de faire un petit métier mais après elles ont disparu. Nous avons commencé par distribuer la nourriture. C’est-à-dire que nous faisons des repas cuits que nous envoyons dans les prisons et on leur partage parce qu’il y a des femmes là-bas des femmes qui ont des enfants avec elles. Il y en a qui ont fait des enfants là-bas, il y a en a qui sont rentrées avec des enfants. Au moment où nous partions, il y avait 220 femmes, la plupart est sortie et nous avons pris deux en charge dont une qui est à Yopougon et l’autre à Port-Bouët.
Vous avez dit que vous travaillez avec plusieurs structures. Dans le domaine de l’éducation, pouvez-vous nous donner des noms de structures avec lesquelles vous collaborez ?
Gl K. A: Ce sont d’autres ONG. Par exemple nous avons la fédération Etoile d’Anyama, l’ONG Moaye Abba qui s’occupe des femmes, l’ONG des femmes retraitées. Ce sont avec ces structures-là que nous travaillons. Pour les formations, nous avons une banque derrière. Elle finance les formations que nous faisons, les formateurs que nous appelons pour former les femmes. Elle nous donne de l’argent pour former ces femmes-là, à la bancarisation, à l’autonomisation, à devenir indépendantes pour qu’elles puissent épargner, comment utiliser l’argent, l’éducation financière.
C’est vrai que vous avez indiquez que vous travaillez sur fonds propre mais est-ce que vous ne percevez pas de subvention ou encore de soutien extérieur ?
Gl K. A: Jusqu’à présent nous n’avons pas de soutien financier. A part la banque qui a financé les formations. Le financement de la banque, c’était même de façon ponctuelle, mais plus maintenant. Les femmes ont été financées et on leur avait promis d’épargner dans une micro finance de la place et quand il s’est agi de donner les prêts, on leur demandait encore le tiers. Elles n’étaient donc pas très contentes de cela parce qu’elles se sont dit que ce n’est pas ce qui avait été convenu au départ, elles devaient être formées et recevoir de l’argent. Donc elles ont dit qu’elles n’ont pas de tiers à donner et qu’elles ne voulaient plus de cet argent. La micro finance aussi a arrêté de travailler avec nous. Donc à ce jour il n’y a aucun financement. C’est maintenant que je suis en train d’écrire d’autres projets pour pouvoir les présenter à des structures et à des institutions.
Est-ce que ce n’est pas difficile de travailler sur fonds propre ? N’êtes-vous pas confrontés à des difficultés concernant le financement de vos activités ?
Gl K. A: C’est un peu difficile mais on partage ce que j’ai en tout cas. C’est d’ailleurs pour cela qu’on n’a pas pu satisfaire la multitude de femmes qui est venue. Parce qu’il fallait attendre que j’aie les moyens. J’ai commencé quand j’avais un salaire mais maintenant j’ai la pension mais il y a eu la reconversion donc c’est comme si j’avais mon salaire. C’est ce qu’on partage. Je mets une partie de côté pour la fondation.
A combien peut-on estimer le nombre de femmes que vous avez pu insérer professionnellement et les élèves et étudiants que vous avez réinséré dans le circuit scolaire ?
Gl K. A: Les étudiants qui sont allés à l’université, c’est une vingtaine environ dont deux qui sont à la Sorbonne en France actuellement. Ils ont fini leurs études ici et ils ont postulé pour pouvoir aller en France. Ce n’est pas nous qui les avons financé en tant que tel pour aller, mais ils ont fait Campus France, ils ont réussi et ils sont partis. Mais il a fallu que nous les insérions dans cette université pour qu’ils puissent partir. Et ils sont reconnaissants à Dieu pour cela. Les enfants, il y en a beaucoup. Parce qu’à l’école primaire, il suffit de peut-être 12.000F, peut-être 50.000F pour que les enfants puissent continuer. Et les femmes aussi à qui nous avons donné les prêts il y en a beaucoup. Ce sont de petits prêts de 50.000F ou encore 100.000F. C’est près d’une cinquantaine de femmes. Ce ne sont même pas des prêts que nous faisons, ce sont des dons parce qu’on ne leur demande pas de rembourser. Par exemple, tu veux commencer la coiffure ou bien tu veux étendre ton activité, on te dit voilà ce que la fondation peut t’apporter, à toi de pouvoir continuer avec ça.
Comment sélectionnez-vous les femmes auxquelles vous apportez de l’aide ?
Gl K. A: Les femmes viennent vers nous avec leurs projets. Généralement ce sont les femmes qui font des petits métiers déjà que nous formons. Nous leur donnons les rudiments et après nous leur donnons un peu de capital pour compléter leur activité. Nous avons travaillé avec des femmes qui font le savon artisanale appelé ‘’Kabakrou’’, celles qui font les pagnes teintés et aussi celles qui travaillent dans la kola à Anyama. Mais nous n’avons pas demandé qu’elles nous remboursent ce que nous avons donné. Et chaque fois que nous allons les saluer, nous voyons que leurs activités continuent de mieux en mieux par rapport au départ. Elles ont franchi un pas de plus. Elles voulaient plus mais on n’a pas d’ouverture avec les micro finances ni la banque parce que les conditions étaient difficiles pour des femmes du secteur informel.
Quels sont vos projets ?
Gl K. A: Nous sommes en train de travailler dans la région des grands ponts, dans le département de Dabou, où nous avons un institut de formation professionnelle, Institut Général Akissi qui forme aux petits métiers (caissière, aide-soignante etc.). Après la formation, on les insère. Ça c’est une école, un institut qui a son agrément. Maintenant dans le grand pont, nous avons vu le conseil régional et nous sommes en train de monter un grand projet avec les communes de Dabou, Jacqueville et Grand Lahou pour pouvoir faire des activités génératrices de revenus. Et puis sur l’environnement, nous avons écrit un projet que nous voulons déposer auprès d’une institution pour financement concernant les jeunes gens qui veulent bien nettoyer les routes, les caniveaux.
Avez-vous un appel à lancer à des personnes de bonne volonté susceptibles de vous aider ?
Gl K. A: Je demande aux jeunes filles de venir prendre des renseignements à la fondation pour qu’on puisse voir ce qu’on peut faire ensemble. Le slogan de la fondation c’est : ‘’Ensemble nous pouvons donner le sourire aux femmes et aux enfants’’. Je me dis qu’en Côte d’Ivoire, il y a beaucoup de gens qui ont de l’argent, qui peuvent donner un peu pour aider leurs frères et sœurs. C’est vrai que c’est nous qui avons initié, mais en voyant ce que nous faisons ils peuvent apporter leur contribution pour aider leurs petits frères et petites sœurs. Ceci pour que nous ne puissions plus voir le chômage des jeunes, le brigandage… En fait, c’est pour appuyer l’action du gouvernement. Mais nous ONG nous ne sommes pas financés par le gouvernement pour le moment. Nous travaillons avec le Ministère de la Famille, le Ministère de la Santé, mais nous n’avons pas de subvention.
Marina N.
