Côte d’Ivoire : Koné Yacouba (Pdt CAPH-CI) invite les personnes handicapées à s’intéresser à la gouvernance locale
Koné Yacouba est le président de la coordination des associations des personnes handicapées de Côte d’Ivoire (CAPH-CI) et également président de la Plateforme des associations des personnes handicapées d’Abobo (PLAPHA). Dans cette interview accordée à Ivoirehandicaptv.net, il clarifie certaines notions du handicap et invite les personnes en situation de handicap à s’intéresser à la gouvernance locale, gage de développement durable et d’une société inclusive.
Ivoirehandicaptv.net : Qu’est que le handicap ?
Koné Yacouba : De manière générale, le terme handicap désigne l’incapacité d’une personne à vivre et à agir dans son environnement en raison de déficiences physiques, mentales, ou sensorielles
IHTV : Qui est appelée personne en situation de handicap ?
K.Y : Personne en situation de handicap ou personne vivant avec un handicap ou personne handicapée, ces trois expressions ramènent à la même réalité sociale
IHTV : Nuance ou mauvaise prononciation, que doit t- on dire, personne en situation de handicap ou personne handicapée ?
K.Y : Il n’y a pratiquement pas de nuance. Ce qui est recommandé, c’est de valoriser la personne handicapée en ajoutant à chaque fois ″personne″
IHTV : Vous qui êtes président d’une association dans le monde du handicap, le regard des personnes dites normales a-t-il changé ou sommes-nous encore dans un regard de pitié, souvent de marginalisation ?
K.Y : Avant de répondre à cette question, il serait important de présenter les deux conceptions du handicap. La première conception, la manière traditionnelle de concevoir le handicap est appelée « Modèle Médical du Handicap ». Cette vision est encore persistante dans la plupart des sociétés surtout dans nos pays en voie de développement. Elle considère le handicap seulement comme un problème médical ou comme « quelque chose qui ne va pas » dans un individu. Dans cette perspective, la manière de s’occuper du handicap est simplement d’essayer de guérir ou traiter un problème médical.
La seconde, le « modèle social » situe le handicap par rapport à la discrimination dans la société qui crée des obstacles à l’intégration et à l’égalité des droits, plutôt que d’assimiler l’individu à un problème nécessitant un traitement médical ou la charité.
En ce qui concerne maintenant les regards, il serait inconséquent de dire que les choses n’ont pas évolué, même si beaucoup reste à faire. Aujourd’hui, si on devait faire une évaluation chiffrée, on peut le dire sans se tromper que 60% des personnes dites normales voit les personnes handicapées selon le modèle social. Pour ces personnes, la société et l’environnement dans lesquelles les personnes handicapées vivent constituent le premier obstacle à leur épanouissement. Pour les 40% qui reste, les personnes handicapées sont les parias de la société, des personnes qui ont besoins de charité et incapables de tous. Cette évolution est à l’actif des organisations des personnes handicapées qui à travers les sensibilisations, les plaidoyers sont arrivés à faire plier les décideurs publics au plus haut niveau des institutions internationales. Ces activismes des personnes handicapées ont permis la rédaction et l’adoption de la Convention des Nations Unis relative aux droits des personnes handicapées.
Cette Convention ratifiée par notre pays la Côte d’Ivoire depuis le 10 Janvier 2014, est le premier véritable instrument des droits de l’Homme spécifique aux personnes handicapées. Elle promeut leur pleine participation à la vie économique, sociale, culturelle et politique. La Convention fournit les mécanismes les plus efficaces et appropriés pour renforcer les approches inclusives du développement, tant au niveau des stratégies nationales de développement de chaque État, que dans le cadre de la coopération internationale. L’application de la Convention permettra de faire en sorte que les bailleurs et les gouvernements partenaires prennent en compte des éléments fondamentaux du développement inclusif dans leurs actions, tels que la non-discrimination, l’égalité, la participation et la responsabilisation.
Au niveau national, les choses bougent également même si nous auront espérer avoir plus. Nous profitons de cette lucarne pour remercier son SEM Alassane Ouattara, Président de la République et tout son gouvernement pour les changements notables en faveur des personnes handicapées de Côte d’Ivoire.
IHTV : En Côte d’Ivoire, quel est l’Etat des lieux sur les questions de prise en charge des personnes handicapées dans les domaines de la santé, l’éducation, le travail ou l’entreprenariat ?
K.Y : Malgré toutes les avancées dont nous avons fait cas, les personnes handicapées de Côte d’Ivoire rencontrent, dans leur existence quotidienne, beaucoup de problèmes liés à la nature spécifique du handicap. La variété de ces problèmes touche entre autres aux représentations sociales dévalorisantes de la personne handicapée, à l’accessibilité globale, à leur représentativité politique et à la législation globale qui n’intègre pas la spécificité du handicap.
D’abord, les personnes handicapées se heurtent aux problèmes et difficultés d’ordre matériel dans l’organisation de leur vie de tous les jours. Leurs limitations fonctionnelles les empêchent de se faire un chemin dans la vie. Celles-ci touchent spécialement les facultés suivantes : se déplacer, faire des gestes les plus ordinaires, s’exprimer, communiquer, s’adapter au mode de vie et aux usages sociaux.
Ensuite, les personnes handicapées connaissent des problèmes et difficultés d’ordre professionnel. Ceux-ci débutent par un enseignement et/ou une formation professionnelle inadaptée aux aptitudes physiques ou mentales résiduelles. Ces difficultés se poursuivent et se terminent d’autre part par des préjugés sociaux qui tendent à considérer ces personnes comme incapables d’exercer valablement une activité professionnelle.
Enfin, les personnes handicapées rencontrent des problèmes et difficultés d’ordre psychologique et social issu de l’attitude de rejet. Cette attitude même si elle paraît avoir été atténuée, n’est pas encore enrayée de l’esprit des gens qui continuent à prendre la personne handicapée comme un être vivant dans un monde à part.
″En Côte d’Ivoire, la question du handicap est semblable à une femme qui a un très bon tissu mais un mauvais tailleur″. La réalité de la Côte d’Ivoire, c’est de beaux textes mais non appliqués car absence de cadre de suivi.
IHTV : Pour vous qu’est-ce que la gouvernance locale ?
K.Y : La gouvernance locale, c’est organiser le partage du processus de construction de la décision politique de la localité. La gouvernance locale a l’avantage d’être plus facile à mettre en œuvre et plus efficace qu’une gouvernance à une échelle nationale, parce qu’elle facilite la participation directe des différents acteurs. La proximité est un facteur de participation, et il est plus facile de prendre en compte les apports ou les inquiétudes des uns et des autres à une échelle réduite que lors de l’implication de millions de citoyens. La gouvernance locale s’organise sous forme d’un dispositif composé des espaces de concertation, des espaces de co-construction, des espaces de codécision avec des collèges d’associations, d’habitants, d’élus. La gouvernance locale peut contribuer à réduire les inégalités
IHTV : Quel est l’enjeu de la participation des personnes handicapées à la gouvernance locale ?
K.Y : Pour les personnes handicapées, participer à la gouvernance locale revêt plusieurs enjeux, notamment :
- Les changements dans la gouvernance locale;
- L’amélioration du niveau de participation individuelle des PSH, et la participation collective des OPH, aux prises de décisions qui les concernent;
- L’amélioration du niveau d’inclusion individuelle des PSH et l’inclusion collective via les OPH, dans les projets locaux;
- Les changements dans l’accessibilité de la localité;
- L’amélioration du niveau d’inclusion sociale;
- Les changements dans l’accès aux services publics;
- Les changements dans les rôles sociaux;
IHTV : Absence de bonne gouvernance, quelles sont les conséquences ?
K.Y : En l’absence d’une gouvernance locale efficace, le risque est de prendre en compte les problématiques d’un seul type d’acteurs (par exemple les acteurs du tourisme), de négliger ou d’aggraver d’autres problématiques (par exemple celles des personnes handicapées) ou encore de ne rien faire. Les dispositifs de gouvernance locale permettent donc d’organiser les acteurs du territoire pour identifier les problématiques à traiter, s’accorder sur les modalités de préservation des ressources locales et définir des règles d’usage et de gestion.
IHTV : Quels sont les défis a relevé à matière de gouvernance locale ?
K.Y : On peut relever plusieurs défis à la participation des personnes handicapées à la gouvernance locale. Entre autres :
- Le dialogue politique pour la concrétisation de leurs droits ;
- Le renforcement de leur citoyenneté;
- Le renforcement de leur pouvoir d’agir;
- Le renforcement du caractère inclusif du système.
IHTV : Quel est votre mot de fin ?
K.Y : Pour terminer, nous souhaitons bonne et heureuse année à toutes personnes handicapées du monde et particulièrement aux ivoiriens. Bonne et heureuse année 2022 à tous les partenaires sociaux et enfin bonne et heureuse année à notre papa, le Chef de l’Etat, SEM Alassane Ouattara.
Propos recueillis par Guy Martial KOUASSI







