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Côte d’Ivoire/Kouassi Ghislain (ONG DDE-CI):  »les femmes en situation de handicap victimes de violences sexuelles obtiennent difficilement justice »

Kouassi Marc-Ghislain travaille pour l’ONG Dignité et Droits pour les enfants en Côte d’Ivoire (DDE-CI) en qualité d’assistant au projet de promotion de la santé sexuelle reproductive et de lutte contre les viols, les violences sexuelles et psychologiques faites aux femmes handicapées et non handicapées. Au cours d'un entretien avec Ivoirehandicaptv.net, il a estimé que des actions en justice pour les viols contre les femmes en situation de handicap restent encore à ce jour impunies.

Ivoirehandicaptv.net: Aujourd’hui, nous constatons beaucoup de cas de violence faites aux femmes en situation de handicap qui ne sont pas révélés au grand jour ? Que pouvez-vous nous dire.

Kouassi Ghislain: La violence à l’égard des femmes est un phénomène réel qui gangrène nos sociétés et nos communautés. Elle se manifeste à tous les niveaux. Au travail, dans les rues comme dans les milieux familiaux où elle est hélas très bien présente. Elle touche toutes les femmes sans distinction d’âge, ethnie, de religion, d’état physique ou mental. Les fillettes handicapées, les filles handicapées et les femmes handicapées sont elles aussi très bien touchées par les VBG. Vulnérables en raison de leur état physique (motricité réduite), de leur état sensoriel (surdité, mutilé et ou cécité totale ou partielle) et de leur état mental (déficience intellectuelle), les femmes en situation de handicap constituent des victimes parfois privilégiées par des agresseurs sans vergogne. Ils profitent de leur état pour commettre leurs forfaits et restent souvent impunis. Impunis en raison soit de l’incapacité des femmes handicapées de les reconnaitre (femmes déficientes visuelles ou intellectuelles) ou soit en raison du peu d’intérêt accordé par les parents d’une survivantes handicapées à sa personne. En effet, les femmes handicapées victimes de VBG sont le plus souvent sous estimées par la société et leurs familles qui les relèguent au second rang. On n’assiste souvent en cas de VBG sur une femme handicapée à des langages discriminatoires et inhumains. C’est les cas des expressions :
« toi aussi tu veux te plaindre pour une violence sexuelle »
« tu es sûre que le monsieur t’a réellement violée ? »
« tu n’es pas intelligente. On n’a pas besoin d’aller porter plainte pour toi ni de te conduire à l’hôpital ».
Ce traitement ou ce langage inhumain est toujours d’actualité. Et il faut que les choses changent. Les femmes handicapées sont des femmes comme toutes les autres femmes et elles méritent une attention et une protection particulière ou additionnelle en raison de leur handicap.

En tant que responsable d’association, avez-vous déjà été contacté pour des violences basées sur des femmes handicapées ?

K.G: Depuis le début de notre projet, des cas nous ont été rapportés et nous avons pu apporter notre aide à ces survivantes (victimes) pour leur permettre de retrouver le goût à la vie et la santé physique. Des actions ont été menées par leurs parents à la police en portant plainte. Malheureusement, ces actions restent encore à ce jour freinées par les pressions sociales qui emmènent souvent les parents à retirer leur plainte et donc à laisser dans la nature des auteurs qui pourraient constituer un danger pour les survivantes elles-mêmes ou pour d’autres femmes.

Avez-vous des statistiques exactes concernant les cas de violences faites aux femmes handicapées ?

K.G: Nous n’avons pas de statistiques exhaustives concernant les cas de viol et ou de violences sexuelles commis à l’égard des femmes handicapées. Depuis le début de notre projet, notamment du 01 janvier 2020 au 31 juillet 2020, nous n’avons recensé que 2 cas de violence sexuelle concernant les femmes handicapées. Bien que ce chiffre soit si faible, les VBG au niveau des femmes handicapées est un phénomène réel qu’il convient de traiter avec beaucoup d’attention vu qu’elles sont le plus souvent obligées de se taire face aux problèmes qu’elles rencontrent en raison des préjugés à leur endroit.

Qu’est-ce que vous préconisez face à la recrudescence des cas de violences sur les femmes handicapées ?

K.G: Face aux viols en général, en cas de VBG, nous préconisons que les victimes et leurs parents se rendent à l’hôpital pour recevoir une prise en charge médicale afin d’éviter les infections sexuellement transmissibles, le VIH/Sida, les grossesses non désirées, les complications post-viol (stérilité..) et les décès. Outre la prise en charge médicale, nous recommandons aux survivantes et à leurs familles de porter plainte contre les auteurs afin qu’ils soient punis par la loi pour les crimes commis. C’est la prise en charge juridique et judiciaire. Une prise en charge psychologue et psychosociale est aussi apportée aux survivantes pour panser leurs plaies/troubles psychologiques et leur permettre de reprendre progressivement leur vie. Toutes ces mesures sont valables pour les femmes handicapées. Les actions du projet étant inscrit dans la prévention, nous prévoyons mener des actions de sensibilisation et de formation en faveur des femmes handicapées et non handicapées mais aussi en direction de toutes les communautés des localités ciblées, des journalistes, des travailleurs sociaux et des autorités afin de diminuer considérablement l’occurrence des VBG. Des émissions radios, des articles de presse écrite, des distributions de prospectus et le collage d’autocollants sont prévues face à ce phénomène.

Quel appel pouvez-vous lancez aux familles de ces victimes qui souvent par peur décident de ne pas porter plainte ?

K.G: Chers parents, chères survivantes, le viol est un crime dans notre pays. Refuser de porter plainte et ou retirer sa plainte après son dépôt reviennent à protéger un criminel. Laisser un criminel en liberté c’est lui offrir ou lui permettre de commettre encore et encore des crimes. Dénoncez les violences sexuelles afin de vous protéger contre une récidive, contre l’irréparable. N’ayez pas peur d’aller jusqu’au bout de la procédure juridique et judiciaire. Notre ONG est là et il existe des plateformes qui sont prêtes à vous soutenir face aux menaces brandies par vos agresseurs. Aussi, nous remercions les autorités pour les efforts déjà consentis pour mettre un terme aux violences sexuelles. Ces efforts sont certes louables mais il convient de les renforcer pour mettre fin aux arrangements à l’amiable, pour assurer la protection des survivantes contre les représailles probables, pour soutenir la prise en charge médicale des survivantes, pour diminuer le coût des certificats médicaux et pourquoi pas pour les produire gratuitement en cas de violences sexuelles, pour intensifier la sensibilisation des populations contre les violences sexuelles sur les chaines nationales de télévision et de radio comme cela a été le cas pour la récente pandémie à Corona virus. Spécialement, aux maires des villes et communes. Chers élus locaux, face aux violences sexuelles, vous pouvez faire beaucoup de choses. Vous pouvez contribuer à réduire ce phénomène en mettant vos radios de proximité à contribution en passant quotidiennement des informations sur les VBG et les peines encourues par les auteurs. Nous restons à votre disposition pour contribuer à vos efforts dans cette lutte à travers la conception de messages forts à diffuser et l’animation d’émissions radio de sensibilisation et de formation.

Propos recueillis par Guy Martial Kouassi

 

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Guy Martial Kouassi

Guy Martial Kouassi, Journaliste Web à Ivoirehandicaptv.net depuis 2019. Auparavant, j'ai exercé ce métier tout d'abord sur le site internet www.lebabi.net dans les rubriques Faits divers et High Tech en 2013, ensuite dans le journal papier ''La Synthèse'' au service culture et en ligne www.lasynthèse.net en 2017
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