Pour lui, la reconnaissance légale de la langue des signes est une préoccupation importante des personnes sourdes.
‘’Imaginez que lors d’une urgence nationale, vous et vos proches êtes en danger. Le gouvernement annonce des informations qui pourraient avoir un impact profond sur votre sécurité, mais vous n’êtes pas en mesure d’en prendre connaissance car ces messages sont diffusés d’une manière inaccessible pour vous. C’est pourtant la situation dans laquelle de très nombreuses personnes sourdes et malentendantes se sont retrouvées pendant la pandémie de Covid-19. Par exemple, lorsque des informations importantes étaient diffusées à la télévision, elles n’étaient souvent pas disponibles en langue des signes. Les mesures sécuritaires telles que le port de masques faciaux et le maintien d’une distanciation sociale ont aussi rendu la communication plus difficile pour ces personnes’’, a fait savoir Ouattara Yegueleworo.
Mais, au-delà de cette crise sanitaire, plusieurs recherches ont révélé que les personnes sourdes et malentendantes sont confrontées à de nombreux obstacles pour accéder à l’information et aux services de base. En Côte d’Ivoire, le manque d’interprètes en langue des signes et d’informations dans des formats accessibles pour les personnes sourdes et malentendantes entrave l’accès de ces personnes aux soins de santé et aux services publics. Aussi, plusieurs enfants sourds se heurtent à des obstacles pour accéder à l’éducation en langue des signes.
Selon Ouattara Yegueleworo, la reconnaissance juridique des langues des signes nationales en tant que langues officielles est essentielle pour l’inclusion des personnes sourdes dans leurs sociétés. Cette reconnaissance juridique ajoute-t-il contribuera, sans nul doute, à la mise en œuvre et à la réalisation des droits énoncés dans la Convention des Nations Unies relative aux Droits des Personnes Handicapées (CDPH) et dans l’Agenda 2030 des Objectifs du Développement Durable, faisant des devises « RIEN POUR NOUS SANS NOUS », « NE LAISSEZ PERSONNE DERRIÈRE VOUS » une réalité.
‘’La langue des signes est une langue que les enfants sourds peuvent apprendre naturellement. Cependant, comme 95 % des enfants sourds naissent de parents entendants, la plupart de ces enfants sont exposés tardivement à la langue des signes, ce qui entraîne un développement cognitif tardif et réduit leurs chances d’acquérir des compétences linguistiques. L’accès précoce à la langue des signes et à une éducation inclusive de qualité par le biais d’une langue des signes nationale et d’une langue écrite nationale pour tous les enfants sourds est fondamental pour garantir leurs droits humains. Pour garantir ce droit, les familles d’enfants sourds doivent recevoir un enseignement en langue des signes financé par l’État et ceci, le plus tôt possible’’, a-t-il indiqué.
« Une vraie langue »
La langue des signes est une langue comme toutes les autres langues, affirme Tano Angoua Jean-Jacques, Enseignant-chercheur de langue à l’université Félix Houphouët Boigny de Cocody au département de Linguistique.
« Ce ne sont pas juste des petits signes. Une recherche a été faite sur les expressions faciales, la syntaxe, la grammaire, la structure. Au même titre qu’une langue parlée, une langue signée, c’est une langue en soi et pour son développement, il faut encourager les recherches universitaires », a-t-il dit au cours d’un panel sur la langue des signes.
Concrètement, la reconnaissance de la langue des signes ivoirienne forcerait les autorités à s’assurer de la disponibilité d’interprètes ou de relais vidéo dans certains points de service et dans les institutions publiques, au même titre qu’on y retrouve quelques rampes d’accès pour les personnes en fauteuil roulant, par exemple.
Pour Irène Vieira, Juriste et membre des femmes juristes de Côte d’Ivoire (FJCI), les dispositions législatives qui affirment être pour l’égalité des chances des personnes handicapées aux services sociaux, à l’éducation… existent mais, beaucoup reste à faire.
‘’La communauté des personnes sourdes reste en marge du bénéfice de ses droits. Une chose est de légiférer relativement aux personnes handicapées en général mais, la loi est toujours impersonnelle. Il faut donc élaborer des textes spécifiques qui prennent en comptent les besoins réels de chaque type de handicap. Par exemple, pour les personnes sourdes, il faut des interprètes dans chaque administration ou il faut instruire la population au langage des signes’’, a-t-elle précisé.
En clair, la reconnaissance officielle de la langue des signes est essentielle à l’intégration des personnes sourdes, car elles sont encore exclues dans de nombreux domaines de la société malgré le cadre juridique actuel. «Ce n’est qu’avec une loi reconnaissant la langue des signes que les personnes sourdes auront réellement un accès adapté à l’administration, aux services publics, à la santé et à l’enseignement, comme tout autre citoyen», a soutenu Irène Vieira.
GMK
