Côte d’Ivoire/Marie-Pierre Elogne (Fondatrice ONG Crescendo Vie): « Les enfants handicapés sont doués au-delà de ce qu’on peut imaginer »

Structure axée sur l’action sociale au service du développement intégral de l’être humain, l’ONG Crescendo Vie, fondée par Marie-Pierre Éloigne, ancienne assistante sociale à la retraite dont le siège est à Grand-Bassam (Est d’Abidjan) a plusieurs programmes dont un, nommé » Handi-récréation » est orienté vers les personnes en situation de handicap psychomoteurs et sensoriels notamment les enfants.
En effet, selon la présidente, le programme « Handi-recréation » a mis en place des structures dont deux centres d’éducation spécialisée, l’un à Grand-Bassam et l’autre dans la ville de Bonoua (Nord-est de Grand-Bassam) dans les locaux de l’ONG une voix pour Padré-Pio de la dite ville.
« Le centre de l’ONG une voix pour Padré-Pio nous a ouvert ses portes pour qu’on puisse accueillir les enfants de 0 à 15 ans en situation de handicap psychomoteurs et sensoriels qui ne peuvent pas aller dans les écoles normales », a indiqué la formatrice de l’Institut national de la formation sociale (INFS). Ajoutant qu’un troisième programme a vu le jour mais, avec un caractère assez particulier en ce sens que c’est une maison d’accueil.
« Notre troisième structure dénommée Maison Saint-Joseph à un caractère assez particulier, c’est une maison d’accueil où personnellement, je vis avec des enfants en situation de handicap psychomoteurs abandonnés, âgés de 0 à 10 ans, la plupart ont été trouvés dans les rues, les poubelles. Cette maison existe depuis 2015 et a une dimension spirituelle parce qu’étant Chrétienne moi-même, après avoir commencé avec les enfants qui sont en famille, je me suis souvenue quand j’étais encore en fonction à la fonction publique, j’ai vu des enfants handicapés qu’on a abandonné, il y’a certains qui étaient enchaînés dans les maisons, c’etait difficile, on a vu des situations dramatiques et l’idée est venue que si d’aventure, j’étais sollicitée par rapport à un enfant handicapé abandonné, je pourrai l’accueillir et vivre avec lui. Et cela n’a pas tardé. Aujourd’hui, je vis avec eux. Nous avons limité à 10 ou 12 enfants pour que ça soit gérable et vivable parce qu’autrement, on fait un encasernement, nous voulons une vie familiale. Notre désir, c’est d’ouvrir d’autres maisons. Cette activité mobilise beaucoup de monde, à la maison Saint Joseph, j’ai à peu près 18 personnes qui y travaillent et qui se relaient parce que les enfants sont en situation de dépendance pratiquement totale ou d’assistance soutenue…. », a-t-elle avoué.
« C’est une école maternelle pour les enfants handicapés. Nous recevons les enfants 4 fois par semaine, lundi, mardi, jeudi, vendredi. Quand ces enfants arrivent au centre, ils sont pris en charge par des éducateurs spécialisés. Quand on fait les inscriptions, on a une semaine pour faire les observations, au cours de cette semaine, on voit les potentialités de chaque enfant et on fait des programmes spécifiques pour les enfants. Mais de façon générale, nous avons des activités cognitives c’est-à-dire, on les aide à réfléchir sur les petites choses selon leurs capacités. On fait tout ce qu’on appelle la rémédiation cognitive. On a des activités d’éveil comme celui du langage, du physique, des loisirs, des activités éducatives, sociales, de découverte… », a révélé la fondatrice de Crescendo Vie sur les mécanismes de prise en charge des enfants.
Insistant sur le fait que les éducateurs travaillent beaucoup sur la propreté, l’hygiène et le régime alimentaire avec les enfants, Marie-Pierre Elogne estime que quand le cerveau ne fonctionne pas bien, le ventre ne fonctionne pas bien aussi et comme le ventre est le deuxième cerveau, si ça fonctionne pas bien, l’enfant à des agitations, il est malade.
« On travaille beaucoup la dessus pour que l’enfant ait un peu la force physique et que le transit intestinal se passe bien pour qu’au niveau du cerveau il y ait aussi une espèce d’oxygénation pour acquérir quelque chose. Il y a aussi la dimension spirituelle, on organise des activités pour que le corps, le coeur et l’esprit soient en harmonie. Nous avons aussi une fois par mois, une école des parents, on donne un espace aux parents pour s’exprimer. Être un parent d’enfant en situation de handicap n’est pas facile, le regard, la stigmatisation. Cet espace, avec la présence des spécialistes, leur donne l’opportunité de pleurer, de dire ce qu’ils ressentent, de rire », a-t-elle affirmé avant de lancer un appel.
« Nous n’avons aucune subvention et tout ce que nous faisons nous vient de la providence, nous quémandons. Je demande tout, J’entends tout, j’accueille tout, j’assume tout, je me fais le porte voix de l’enfant qui ne sait pas parler donc, si on me rejette, c’est comme si c’est l’enfant qu’on a rejetté. Aux parents, n’ayez pas peur, c’est votre enfant. Aujourd’hui il y a suffisamment de choses qui existent dans le monde, dans notre pays, faire sortir l’enfant lui donne la possibilité de participer à des activités. Les enfants sont doués au-delà de ce que nous pouvons imaginer. Croyez en vos enfants et sachez que vous n’êtes pas seul. Aux décideurs, c’est vrai, il y a des lois mais dans l’exécution, si on n’accompagne pas, c’est pas évident. L’accessibilité aux soins, quand vous avez un enfant en situation de handicap et que l’enfant ne parle pas donc, il ne peux pas vous dire où il a mal, il s’agite, vous êtes obligé de tâtonner, d’interpréter et si vous n’avez pas une équipe médicale patiente, vous pouvez perdre votre enfant. Il faut que l’etat fasse que ces lois la soient appliquées », a-elle conclu.
KGM







