Culture / éducation : « coronavirus » et 169 nouveaux mots feront leur entrée dans le dictionnaire le « Petit Larousse » en 2022

170 nouveaux mots vont figurer dans l’édition 2022 du « Petit Larousse ». Plusieurs sont en rapport avec la Covid-19 (Une créativité linguistique dopée par la pandémie et les nouveaux usages qu’elle a créés).
« Je n’avais jamais vu un tel changement linguistique (…). Cette année, pandémie oblige, nous sommes montés jusqu’à 170 mots », a indiqué Bernard Cerquiglini, professeur de linguistique et conseiller scientifique du Petit Larousse sur TV5Monde.
Notons que pour la matière, il faut durant une année entière, écouter, trier, éplucher à l’écrit comme à l’oral, la langue française sans cesse en mouvement. « Cela prend une année entière ! Nous écoutons la radio, nous notons, nous lisons, nous faisons des fiches et nous arrivons à pratiquement un millier de mots vraiment intéressants. Mais il n’y a de place que pour 150 d’entre eux, donc les mots sont versés dans l’entonnoir des sélections, des votes, des discussions. Tout cela se termine à trois dans une salle du sous-sol des éditions Larousse où nous faisons la sélection finale, en repoussant certains mots à l’année suivante naturellement. Cette année, pandémie oblige, nous sommes montés jusqu’à 170 mots », a souligné Bernard Cerquiglini.
Pour l’édition 2022 du « le Petit Larousse », 170 mots nouveaux font leur apparition : vous ne serez pas surpris d’y retrouver Covid, télétravail, click and collect, patient zéro, quatorzaine, cluster, coronapiste pour les vélos ou nasopharyngé pour les prélèvements dans le nez.
Sur le plan des évolutions sociétales, on notera l’arrivée du terme « racisé », qui « se dit de quelqu’un qui est l’objet de perceptions ou comportements racistes ». Enfin, au volet environnemental, n’oublions pas les mots « décarbonation » et « plasticroûte » (« croûte de matière hybride, minérale et plastique, formée par l’incrustation de petits débris de plastiques à la surface des rochers du littoral »).
Certains mots existaient déjà, mais ont vu leur usage s’adapter. Ainsi, l’adjectif « asymptomatique » qualifiait auparavant une maladie, il se dit désormais d’une personne. Le virus peut également être « aéroporté » ; tandis que jusqu’ici, seules des troupes l’étaient. Peu utilisé jusqu’à présent, le verbe « télétravailler » ne figurait pas au Petit Larousse. Il y fait également son entrée.
Le terme « racisé » qui désigne quelqu’un qui est l’objet de perceptions ou de comportements racistes fait son entrée dans le dictionnaire tout comme : « nounounerie » qui nous vient du Québec. Faire ou dire des nounouneries, c’est faire ou dire des bêtises ou des stupidités.
Enfin, si vous préparez vos repas à l’avance sur la semaine, afin de pouvoir manger sain et équilibré sans vous jetez faute de temps sur des plats industriels tout prêts, vous faites sans le savoir du « batch cooking », mot anglais qui signifie cuisson par lots.
Cluster, masque, quatorzaine… les préoccupations médicales évoluent
Aéroporté. « Se dit d’une maladie infectieuse (rougeole ou grippe, par exemple) dont la transmission peut se faire par voie aérienne (toux, éternuements, parole, respiration, etc.) ; se dit de ce mode de transmission lui-même. » Au sujet de ce mot, Bernard Cerquiglini, linguiste français et conseiller scientifique du Petit Larousse illustré souligne que c’est un exemple de la manière dont la pandémie a infléchi le sens des termes : autrefois seules les troupes étaient aéroportées.
Asymptomatique. « Se dit d’un malade qui ne présente pas de symptômes de la maladie ou du trouble dont il est atteint. » Même réflexion que pour « aéroporté » : autrefois seule une maladie était asymptomatique, désormais on en parle pour une personne.
Masque. « Protection textile (tissu ou non-tissé) couvrant le nez et la bouche, portée pour limiter le risque de transmission d’une maladie infectieuse ou d’inhalation de particules toxiques. Il existe plusieurs degrés de protection selon le type de masques et leur pouvoir filtrant. On distingue schématiquement les masques anti-projections, qui protègent l’entourage contre la diffusion de postillons, en cas d’épidémie, et les masques de protection respiratoire, qui protègent mieux le porteur en filtrant aussi les petites particules en suspension dans l’air (aérosols) ».
Quatorzaine. « Isolement de quatorze jours que doivent respecter une personne atteinte de Covid-19 et, éventuellement, les personnes ayant été en contact avec elle (cas contacts). En France, sa durée a été ramenée à sept jours pleins (septaine) en septembre 2020 ».
Réa. « Diminutif familier de réanimation ». Dans le registre médical entrent aussi des mots ou des sens nouveaux comme nasopharyngé, pic et plateau, téléconsultation, sérologique ou encore SARS-CoV-2.
Barrière. « Qui sert de barrière, fait obstacle à quelque chose (une maladie infectieuse, par exemple) : Des masques barrières. Gestes, mesures barrières, ensemble des actions personnelles ou collectives utilisées pour diminuer le risque de transmission des maladies infectieuses. Ces mesures peuvent être de différente nature : lavage et/ou désinfection des mains, port d’un masque, distanciation physique, protection vitrée, objets à usage unique, tenues spéciales pour le personnel soignant… ».
Confinement. « Confinement (sanitaire), ensemble de mesures prises par les autorités publiques dans un contexte épidémique et destinées à réduire au maximum les risques de contagion par le maintien à domicile de la population, avec une limitation stricte des déplacements ; période pendant laquelle ces mesures sont appliquées : Il a pu télétravailler pendant le confinement ».
Dans la même famille, débarquent aussi l’adjectif « confiné » et le verbe « confiner ». Mais aussi « déconfinement », « déconfiner » et « reconfinement ». À quand le « redéconfinement » ?
Coronapiste. « Piste cyclable provisoire aménagée (dans les villes, particulièrement) lors du déconfinement, afin de favoriser la pratique du vélo, bien adapté à la distanciation physique, et d’éviter ainsi la propagation de l’épidémie de COVID-19. De nombreuses coronapistes, plébiscitées par les utilisateurs, ont été pérennisées ».
A noter qu’au rayon des néologismes nés du préfixe « corona » (couronne, en latin), le Petit Larousse fait aussi entrer les « corona bonds », ces obligations émises par l’Union européenne et destinées à financer, par une mutualisation des dettes des États membres, les investissements et les mesures nécessaires à la relance de l’économie.
Distanciation. « Distanciation physique ou sociale, fait de garder une distance de sécurité (un mètre au minimum, selon l’OMS) entre personnes pour limiter le risque de contagion dans un contexte épidémique ».
Jauge. « Capacité d’accueil maximale d’un lieu fermé (salle de spectacle, par ex.), liée à des normes de construction et/ou de sécurité (type de salle, nombre d’issues de secours, etc.) ; par extension, capacité maximale autorisée pour un rassemblement de personnes (concert, salon, match, etc.), qui peut être modulé en période épidémique : Restreindre la jauge à 500 personnes ».
Télétravailler. « Pratiquer le télétravail ».
Quelques anglicismes… mais le français l’emporte
Crise mondiale oblige, certains nouveaux mots anglais sont forcément entrés dans notre vocabulaire, et fatalement dans la nouvelle édition du Petit Larousse. Mais force est pourtant de constater que la langue française résiste plutôt bien aux anglicismes.
Ainsi, « cluster » cède du terrain devant la locution nouvelle de « foyer de contagion » ; le « tracking » recule face au « traçage » ; le « click and collect » entre au Petit Larousse, mais suivi immédiatement du « cliqué-retiré » que le dictionnaire recommande, tout comme « le retrait rapide » vaut mieux que le « drive », puisqu’il peut d’ailleurs s’effectuer à pied.
La langue française a donc encore de beaux jours devant elle, « la riposte sanitaire doit beaucoup au génie linguistique francophone », n’hésite d’ailleurs pas à clamer le linguiste Bernard Cerquiglini.
Penouel D.







