Diarrassouba Aboubakar (Inspecteur Principal option Education Spécialisée) : “ c’est le regard des autres qui amplifie les souffrances des parents ”
Diarrassouba Aboubakar est inspecteur principal option Education Spécialisée, en fonction au Centre de Guidance Infantile de l’Institut National de Santé Publique (INSP). Il est également le responsable de la structure Organisation de l’éducation spécialisée en pédopsychiatrie de Côte d’Ivoire, une structure qui s’occupe de la prise en charge des enfants à besoins éducatifs particuliers en milieu hospitalier, à l’école et ou à domicile à Abidjan et banlieue. Expert depuis plus de 12 ans dans le dépistage, le diagnostic et la prise en charge des troubles psychopathologiques chez les enfants de 0 à 16 ans notamment les retards et troubles psychomoteurs, les troubles de langage, les troubles de comportement, l’autisme, la trisomie, les troubles spécifiques des apprentissages scolaires, les épilepsies chez l’enfant, les troubles des conduites sociales, Diarrassouba Aboubakar, contribue à travers des formations à faire connaitre le retard psychomoteur et les IMC.

Ivoirehandicaptv.net : Quelles sont les causes et les symptômes du RETARD PSYCHOMOTEUR et les Infirmité motrice cérébrale IMC ?
Diarrassouba Aboubakar : Un retard psychomoteur est une maladie définie par une insuffisance et/ou une incapacité des facultés mentales et physiques de l’enfant. Il s’agit d’un retard des acquisitions posturales ou du tonus. C’est un état lié à un retard de développement de certains apprentissages par rapport à une population d’âge comparable. Tandis que l’infirmité motrice cérébrale (IMC) est liée à une lésion du cerveau survenue dans la période anténatale ou périnatale. Elle constitue un trouble moteur non progressif secondaire à un défaut ou une lésion sur un cerveau en maturation.
Les causes du retard psychomoteur et des IMC sont multiples et variées. Elles peuvent être classées d’abord en des facteurs anténataux (avant la naissance) tels que les infections fœtales (rubéole, toxoplasmose) ou d’intoxication (alcool, médicaments…). Ensuite les facteurs périnataux (autour de la naissance comme l’ictère néonatale, souffrance cérébrale néonatale…). Enfin les facteurs postnataux (après la naissance) (convulsions, méningite, malnutrition, traumatisme crânien, carence affective…). De même que les malformations congénitales et les anomalies chromosomiques (prématurité, trisomie, microcéphalie, hydrocéphalie…).
Les symptômes du retard psychomoteur et des IMC sont une absence de tenue de la tête à l’âge de 6 mois, une absence de tenue assise à l’âge de 9 mois, pas de marche à l’âge de 18 mois, une absence de parole à l’âge de 2 ans. Et cela est associé à une notion d’hypotonie au niveau des muscles et d’hypertonie au niveau des articulations (spasticité).
IHTV : Qu’est-ce qu’il faut faire pour éviter ce type de handicap ? Existe-t-il un traitement ?
D A : La prévention pour éviter le retard psychomoteur et les IMC consiste en :
- La surveillance des grossesses à hauts risques et le recours aux interventions obstétricales (césarienne) en cas d’accouchements difficiles ;
- Le dépistage anténatal au niveau du métabolisme, des malformations du système nerveux central, des aberrations chromosomiques ;
- Le dépistage systématique néonatal de la toxoplasmose, de la rubéole – Le dépistage précoce et le traitement efficace des méningites ;
- L’amélioration des techniques de néonatalogie (soins aux prématurés, lutte contre la détresse respiratoire, l’anoxie, les infections…)
La prise en charge est pluridisciplinaire, médicale (médicamenteuse) et rééducative. Le médecin prescrit un traitement s’il y a lieu après un électroencéphalogramme (EEG). Ensuite il faut une rééducation psychomotrice précoce, permanente et intensive permettant de rattraper le retard selon le rythme de chaque enfant en fonction de la sévérité du trouble.
IHTV : En Côte d’Ivoire, est-ce qu’il y’a des infrastructures qui s’occupent particulièrement de ce genre de handicap ?
D A : Plusieurs structures publiques et privées s’occupent du retard psychomoteur et des IMC. On peut citer pêle-mêle le centre de guidance infantile de l’INSP, « vivre debout » au chu de Yopougon, service de kinésithérapie du chu de Cocody et du chu d’Angré, INJS, centre Don Orion à Bonoua, Centre Magdeleine etc.
IHTV : Quels conseils pouvez-vous donner aux parents dont les enfants ont ce type de handicap et à ceux qui n’en ont pas ?
D A : Ce qui perturbe les parents et amplifie leurs souffrances, c’est le regard des autres qui stigmatisent les enfants ayant des retards psychomoteurs ou IMC. Ces enfants sont traités d’enfant serpents, de génies qu’il faut accompagner au village. Le message qu’on leur adresse est que ce sont des êtres humains, et qu’avec la prise en charge pluridisciplinaire, certains enfants ont marché et vont à l’école.
A ceux qui n’ont pas d’enfants avec retard psychomoteur ou IMC, une fois que la mère est enceinte, il faut aller aux consultations prénatales régulièrement et suivre les conseils du gynécologue.
C’est pourquoi, dans le cadre de l’école inclusive, l’une des missions de la structure est la formation et le placement des Auxiliaires de Vie Scolaire (AVS) en Côte d’Ivoire, ces professionnels outillés pour l’accompagnement des enfants à besoins éducatifs particuliers.
Entretien réalisé par Guy Martial KOUASSI








