KONE CELINE (SOPHROLOGUE) : « Il est important qu’on donne plusieurs approches aux populations pour la réponse à des maux qui gangrènent notre société »
Diplômée de sophrologie et inscrite dans l’annuaire des sophrologues de France, Koné Céline est une experte en gestion du stress et des émotions depuis plusieurs années. Elle a ouvert en Côte d’Ivoire son cabinet dénommé « Performance Plus » en septembre 2021 pour être plus proche des populations de son pays. A travers cet entretien, Koné Céline veut partager sa passion du bien-être, transmettre et accompagner les entreprises et les particuliers dans leurs projets de vie.

Qu’est-ce que la sophrologie ?
Il s’agit d’une psychothérapie. Ce n’est ni la psychologie, ni la psychiatrie. Un sophrologue est un spécialiste qui intervient auprès des demandeurs à l’aide d’outils et d’une méthode bien à elle pour apporter des solutions à une problématique. Il intervient pour aider la personne qui le sollicite à vivre une transformation. Cette discipline intervient dans beaucoup de domaines et généralement dans toutes les problématiques de la vie mais classées en 4 domaines principalement. Il s’agit de la gestion du quotidien, de la préparation à un événement, de l’accompagnement d’un traitement médical et de l’accompagnement d’un comportement pathologique. S’agissant de l’amélioration du quotidien, nous avons les situations d’angoisse, d’anxiété, de stress, de performance, de troubles de sommeil, les différentes situations de la vie où les ressources traditionnelles ne suffisent pas pour faire face au problème. A ce niveau, cette discipline a en même temps un usage thérapeutique et de développement personnel. Mais le développement personnel en sophrologie n’est pas la même en terme de développement personnel en général. Il faut aussi ajouter que la sophrologie est pluridisciplinaire et est la science de l’esprit harmonieux entre le corps et l’esprit. C’est une méthode psychocorporelle qui, à l’aide des exercices de respiration de mouvement de contraction musculaire, de relâchement et de visualisation positive amène la personne à installer l’état en lui qu’il désire. La sophrologie intervient dans plusieurs disciplines notamment le sport, la médecine, en entreprise etc.
Quels sont les outils utilisés ?
On utilise 2 outils. Il y’a les exercices de relaxation dynamique et les exercices de sophronisation. Les exercices sont composés à partir des mouvements de respiration contrôlée, des mouvements de contraction musculaire, de relâchement et des méthodes de visualisation positive. Tous ces exercices sont composés selon le besoin de séance. Et chaque séance obéit à un besoin. Par rapport au besoin, on va donc sélectionner l’exercice de relaxation dynamique qu’il faut et la sophronisation qui va avec. De façon générale, la séance dure une heure et au cours de cette heure, il y a une phase d’anamnèse, d’écoute, d’animation. J’ai eu à accompagner des personnes qui n’en pouvaient plus professionnellement et qui voulaient démissionner. Aujourd’hui, ces personnes sont en harmonie avec elle et leur milieu de vie.
Quels sont les patients que vous recevez ?
Nous recevons tout type de patient. Ici, je n’ai pas encore reçu de patients enfants. Nous ne recevons pas les enfants en dessous du CE2 à cause de la formation de leur personnalité qui est en cours et de l’inconscience de leur être. J’ai beaucoup plus travaillé jusqu’à maintenant avec des personnes en entreprise surtout avec les femmes. J’ai travaillé avec certaines femmes qui avaient des soucis de deuil d’une relation, d’un enfant ou d’un parent etc. Pour les hommes, c’est plus sur l’expression d’affirmation de soi.
Quel bilan faites-vous à mi-parcours ?
Pour moi, le bilan est satisfaisant. Ce n’est pas en terme de chiffres d’affaire. C’est dans le sens où jusque-là, je me suis rendue compte que le besoin existe et que les gens sont ouverts. Et tous ceux que j’ai rencontrés, que ce soit des psychologues, des psychiatres, des directeurs d’entreprises et même au quotidien, ils m’ont dit qu’il fallait y penser. Le fait que cette discipline a été bien accueillie m’a conforté dans l’idée qu’il y avait un vide, une donnée manquante. La sophrologie n’est pas la solution a tout mais, complète bien les solutions qui existent. Chaque science a ces limites donc le psychiatre sait à quel moment le psychothérapeute ou le sophrologue peut être d’un recours, le sophrologue sait à quel moment le psychiatre ou le psychologue peut être d’un recours. Ainsi, avec eux, nous avons envisagé de mener des conférences de sensibilisation et d’informations pour que la population comprenne déjà qui est le psychiatre, le psychologue et le sophrologue ? Quels sont leurs champs d’action ? Quelles sont leur limite et à quel moment faut-il faire recours à un des spécialistes ? Ici, l’objectif est de dédramatiser tout ce qui est santé mentale. Si on a mal à la tête et qu’on va voir un médecin pour se faire soigner, de la même manière lorsqu’il y a un dysfonctionnement à l’intérieur de nous et qu’on ne comprend pas ce qui se passe, on doit pouvoir avoir recours à un spécialiste car, on ne connait pas tout du fonctionnement du corps humain.
Y’a-t-il pas d’amalgame entre sophrologue et les pseudo- psychothérapie sur les réseaux sociaux ?
Je parle de sophrologie qui est une discipline scientifique et non de psychothérapeute, des gens qui ont appris je ne sais pas comment. Sur ce champ, le ministère de la santé a beaucoup à faire car, il devrait s’intéresser à ce secteur au niveau des agréments dans le but de normaliser les choses. Il faut contrôler les pratiquants pour voir qui est habileté ou pas à exercer ce métier. Cela favoriserait la sensibilisation qu’on veut faire relativement à cette science. L’OMS et le BIT ont mis l’accent sur la santé mentale au travail et dans l’entreprise. Il est donc important de réguler ce secteur.
Quel est rôle d’un sophrologue dans un hôpital psychiatrique ?
Dans ce lieu, le sophrologue n’intervient pas pendant que la personne est au rouge c’est-à-dire en crise. J’interviendrai à un niveau du traitement avec l’autorisation du psychiatre. En fait, je vais intervenir où la personne n’est pas dans une conscience pathologique. A un certain niveau du traitement où la personne va tendre vers une conscience ordinaire, le sophrologue interviendra pour que la personne impliquée dans son traitement avec ses exercices arrive à développer une certaine autonomie, qu’elle renforce sa conscience de son état positif et qu’avec l’aide des exercices, elle réduit progressivement la prise en charge médicamenteuse jusqu’à sa disparition mais toujours avec l’autorisation du psychiatre.
Votre appel
Depuis que je suis rentrée en Côte d’Ivoire, je me donne le temps de la sensibilisation. Dans notre pays, nous avons rendu le champ de la santé mentale tabou. Nous parlons plus de santé physique. Or, relativement au rapport de l’OMS, la Côte d’Ivoire est dans une zone rouge. Les chiffres sont alarmants. Et ces chiffres sont évidents puisque notre pays a connu plusieurs phases assez traumatiques. Et cela laisse des traces mais aucune action n’a été vraiment engagée pour la prise en charge psychologique des habitants. Il est aujourd’hui important de traiter de façon scientifique la souffrance psychologique en Côte d’Ivoire. Il faut conduire les souffrances psychologiques de façon rationnelle. On voit qu’il y a une poussée de la pratique religieuse, mais, le message que j’essaie de passer est que la foi ne s’oppose pas à la raison et que l’approche pluridisciplinaire concernant l’être humain porte beaucoup plus de fruits qu’un seul axe. Car l’être humain est esprit, âme et corps. Toutes les séquelles des crises sont devenues des cas de santé publique et il est important qu’on donne plusieurs approches aux populations pour la réponse à des maux qui commencent à gangréner notre société. Nous voulons mener nos activités dans le cadre des besoins prioritaires de l’état de Côte d’Ivoire en matière de santé. Je lance un appel de la mise à disposition de cette spécialité aux différents acteurs de la santé mentale pour vraiment apporter la meilleure prise en charge de ceux qui nous sollicite au quotidien.
Entretien réalisé par Guy Martial Kouassi







