Présidentielle 2020/ Domoraud Dakaud Firmin (ONG H-SOI): « Il faut que le handicap ait une place de choix dans le programme de société de chaque candidat »
Domoraud Dakaud Firmin est président-fondateur de l’ONG Handicap-Société inter (H-SOI). Il est lui-même une personne en situation de handicap. Il vit en France depuis 2010. Dans cet entretien accordé à Ivoirehandicaptv.net, il souhaite que les candidats à l’élection présidentielle du 31 octobre prochain accordent une place de choix au handicap dans leurs différents programmes de société.
Ivoirehandicaptv.net : Comment êtes-vous arrivé en France ?
Je suis arrivé en Europe sur invitation d’une association à un forum à l’ONU à Genève et comme à l’époque mon état de santé nécessitait des soins, sur demande des médecins je suis resté en France et j’ai subi une opération spécialisée au genou, pour rappel j’ai contracté la polio à l’âge 8 à 9 ans.
Parlez-nous de votre organisation ?
DOMORAUD Dakaud Firmin : La création de H-SOI a été très spéciale, je dis spéciale parce que c’est à partir de cette création que j’ai pris conscience de mon handicap que je subissais ma petite famille et moi une discrimination direct ou indirect, même au sein de ma grande famille. J’ai créé Handicap-Société inter en janvier 2007, parce que j’avais vraiment subi une discrimination énorme et humiliante, par un conseiller du Président à l’époque, qui m’avait phagocyté mon ONG des jeunes de 18 ans à cause de mon handicap.
Quelles sont les actions que votre organisation a menées depuis sa création ?
DDF : En Côte d’Ivoire où mon organisation a vue naissance nous n’avons pas menées assez d’actions, mais j’ai souvenir qu’en 2009 un dossier de recrutement de 300 personnes en situation de handicap était en souffrance à la fonction publique, j’avais interpellé le président de la République d’alors, et nous avions eu une réponse favorable, ici en France nous avons menées beaucoup d’activités pour nous faire connaitre, nous sommes officiellement reconnue par nos autorités.
En tant qu’acteur du monde du handicap et pour avoir expérimenté la politique sociale française en faveur des personnes en situation de handicap, qu’est-ce qui vous préconisez pour votre pays la Côte d’Ivoire ?
DDF : Il faut d’abord reconnaitre que les personnes en situation de handicap sont présumées avoir la capacité juridique dans tous les aspects de leur vie, sur la base de l’égalité avec les autres. Il faut savoir que l’article 12 de la convention relative aux personnes en situation de handicap permet des mesures d’accompagnement et représentation relative à l’exercice de la capacité juridique dans les circonstances appropriées et conformément à la loi. Mon pays la Côte d’Ivoire a signée et ratifiée la convention relative aux personnes en situation de handicap. Donc je préconise faire respecter les résolutions de la convention, raison pour laquelle nous avons installé une antenne en Côte d’Ivoire, pour véritablement accompagner les personnes en situation de handicap dans tous les domaines de la vie.
Quel regard avez-vous aujourd’hui du handicap en Côte d’Ivoire ?
DDF : Mon regard reste un peu tiède.
On parle de plus en plus d’inclusion ou d’école inclusive en Côte d’Ivoire, pensez-vous que cela est possible ?
DDF : Je me réjouir si on parle de plus en plus d’inclusion ou d’école inclusive, mais tout est possible, tout dépend de la volonté politique de nos dirigeants.
Avec la création de plusieurs organisations dans le monde du handicap ivoirien, qu’est-ce que nous devons retenir de votre organisation ?
DDF : Rire, vous savez assez de viande dans la sauce c’est une bonne chose, mais je souhaite ne plus voir ces conflits d’intérêts entre les associations de défenses de droits des personnes en situation de handicap. Ce que vous devez retenir de mon organisation, c’est mon expérience. Nous avons apporté véritablement un changement en profondeur de mentalité vis-à-vis des personnes en situation de handicap, nous disons que ce n’est pas nous qui sommes handicapés mais c’est la société qui est handicapée, nous sommes tous des personnes en situation de handicap potentiel. Nous allons travailler en synergie.
Quel appel pouvez-vous lancer à l’endroit des gouvernants pour l’amélioration des conditions de vie des personnes en situation de handicap ?
DDF : Mon appel aux gouvernants pour l’amélioration des conditions de vie des personnes en situation de handicap, c’est de leur dire que toute société est jugée à travers l’attention qu’elle porte aux plus fragiles et à la place qu’elle réserve aux personnes qui souffrent d’un handicap. C’est en aidant les personnes en situation de handicap, en leur donnant les mêmes chances de réussite et d’accomplissement individuel par l’ouverture du monde du travail afin qu’elles prennent toute leur place que la société ivoirienne présentera un visage plus humain tout simplement. Nous demandons la création d’un ministère chargé du handicap. Cela va permettre de combattre la discrimination, et concernant l’exercice du droit de vote, les personnes en situation de handicap sont aussi nombreuses que les autres qui se disent bien portants, à voter lors des élections. Je leur demande de pratiquer un système de quota de 6% obligatoire dans tous les secteurs de l’emploi, public et privé.
A la communauté des personnes en situation de handicap, je demande de rester solidaire, car c’est à l’unisson que nous pouvons atteindre nos objectifs pour une égalité des chances. Aux autorités être sensibles aux difficultés que vivent les personnes en situation de handicap et comme c’est bientôt l’élection présidentielle, il faut que le handicap ait une place de choix dans le programme de société de chaque candidat. Aux familles des personnes en situation de handicap n’abandonnez pas vos enfants à cause de leur handicap, ne vous occupez pas du regard des autres.
Entretien réalisé par Guy Martial Kouassi







