Sanogo Yédê (Société sans barrières) : « le Ministère de l’Education outillé pour répondre aux besoins scolaires des enfants sourds et non-voyants »
Sanogo Yédê Adama, Directeur exécutif de l’ONG Société sans barrières – Côte d’Ivoire (SWB-CI) et chef de projet ‘’Education Inclusive en Côte d’Ivoire’’ a estimé qu’aujourd’hui le Ministère de l’Education nationale sait ce qu’il faut faire et comment il faut faire pour répondre aux besoins spécifiques des enfants sourds et non-voyants dans le domaine de l’éducation. Dans un entretien accordé à Ivoirehandicaptv.net, il montre que la Côte d’Ivoire a les potentialités pour apporter une réponse aux besoins spécifiques des enfants en situation de handicap.
Quel bilan vous pouvez faire du projet ‘’école inclusive en Côte d’Ivoire’’ ?
Nous avons démarré cette action en 2013 avec pour principal objectif stratégique de développer un outil pour l’opérationnalité de la volonté politique de l’Etat à apporter une réponse aux besoins éducatifs des enfants en situation de handicap. Notamment les enfants sourds et/ou malentendants et les enfants non-voyants et/ou malvoyants. Nous remercions l’ONG chrétienne internationale de développement CBM et l’Union Européenne pour leur soutien à notre initiative depuis 2015 pour le premier et 2017 pour le second. Grâce à leur soutien, nous avons pu aujourd’hui préparer 28 écoles ordinaires dans 10 villes du pays à accueillir les enfants des enfants sourds (22 écoles) ou non-voyants (06 écoles).
On note que grâce à l’action menée, la Côte d’Ivoire passe d’un (01) établissement scolaire capable d’accueillir les enfants sourds et un (01) établissement pour les enfants non-voyants à 28 écoles dont 06 pour les enfants non-voyants. Aujourd’hui, le Ministère de l’Education nationale a un outil pour répondre aux besoins scolaires des enfants sourds et des enfants non-voyants. Ce qui n’était pas le cas avant 2017.
Nous pouvons vous dire qu’aujourd’hui le Ministère de l’Education nationale sait ce qu’il faut faire et comment il faut le faire pour répondre aux besoins spécifiques des enfants sourds et non-voyants dans le domaine de l’éducation. Il s’agit là d’un très grand pas que nous venons de faire car, le problème de base pour l’accessibilité des personnes handicapées c’est que les acteurs ne savent pas souvent ce qu’il faut faire et comment le faire. Ils peuvent avoir la volonté mais le manque de connaissances stratégiques et techniques limite leur action.
Le projet est arrivé à terme le 31 mai 2021, quelles sont les actions que vous prévoyez pour qu’il se pérennise ?
Le point de départ de la pérennisation d’une action c’est la capacité des acteurs et bénéficiaires locaux à poursuivre cette action. Votre question pourrait se comprendre en ces termes « Le Ministère de l’Education nationale pourrait-il continuer cette action ? ».
La démarche de mise en œuvre du projet a été très ancrée sur le transfert des compétences et le renforcement des capacités des agents et des cadres du Ministère de l’Education nationale. Aujourd’hui, une chose est certaine, on ne peut plus reculer. Le Ministère a acquis une somme de compétences stratégiques et techniques pour continuer. Le grand défi sera de mobiliser les ressources financières. Sinon, techniquement, il n’y a pas de soucis.
Des actions sont-elles prévues pour continuer après le 31 mai 2021 ? Nous avons un Arrêté interministériel signé le 25 juin 2019, créant une plateforme de réflexion sur la mise en œuvre de l’éducation inclusive en Côte d’Ivoire. Cette plateforme regroupe plusieurs ministères et des organisations de société civile et également des organisations internationales. Cette plateforme fera les travaux nécessaires pour la pérennisation.
Est-ce qu’on peut dire aujourd’hui que l’école inclusive en Côte d’ivoire est une réalité ?
Oui. Le rêve est en train de se concrétiser. Cependant, l’inclusion est un long processus. Il y a encore du chemin à faire. Beaucoup d’aspects restent encore à traiter. Nous sommes au début et non à la fin. Cette action qui prendra fin le 31 mai 2021 marque en réalité le début d’un long chemin avec de nombreux défis. Je suis convaincu des potentialités de la Côte d’Ivoire à relever avec brio ces différents défis.
Votre appel
Je remercie tous nos partenaires financiers et techniques dont notamment CBM et l’UE. Je remercie également le gouvernement ivoirien à travers le Ministère de l’Education nationale, de l’Enseignement technique et de la Formation Professionnelle, le Ministère de l’Emploi et de la Protection sociale et le Ministère de la Famille, de la Femme et de l’Enfant. Sans leurs contributions, nous n’aurions pas eu les résultats que nous venons d’exposer. Il faut féliciter le Ministère de l’Education nationale pour son engagement dans cette action qui a été vraiment déterminante pour le succès.
Nous venons de faire une belle expérience qui montre que la Côte d’Ivoire a les potentialités pour apporter une réponse aux besoins spécifiques des enfants en situation de handicap conformément à la volonté de l’Etat soulignée dans la Politique de Scolarisation Obligatoire. Nous invitons l’Etat à aller plus loin en insérant la question de l’éducation inclusive dans son plan d’action prioritaire et son budget.
Nous invitons la communauté éducative et la population ivoirienne en générale à abandonner les préjugés à l’égard des enfants handicapés. Ces enfants sont certes différents, mais comme les autres, ce sont des enfants. Ils doivent jouir des mêmes droits. En réalité, la déficience ne les empêche pas d’apprendre et de progresser. En réalité, ce sont les préjugés qui constituent le vrai handicap.
Entretien réalisé par Guy Martial Kouassi







