Société africaine : des perceptions de la vieillesse aux comportements de rejet

Un peu partout dans le monde, les personnes âgées sont souvent perçues comme des charges sociales ou des fardeaux familiaux. L’Afrique qui était vue comme le continent protecteur des personnes âgées, est malheureusement, désormais touchée par le phénomène. Les publications quasi quotidiennes d’évènements malheureux témoignent de maltraitance à l’encontre de ces personnes.

 

Souvent accusées de sorcellerie, les femmes âgées sans soutien sont les plus vulnérables

Tandis que les grands-parents sont généralement des personnes de ressource dans les familles, des personnes âgées subissent des violences dans leurs communautés. Souvent accusées de sorcellerie, les femmes âgées sans soutien sont les plus vulnérables. Battues, lapidée ou chassées sous les regards d’enfants et de caméras de téléphones, les victimes succombent quelquefois sans assistance. Chanceuses sont celles qui réussissent à fuir et à se retrouver dans la communauté   dans des centres d’accueil comme celui de Sakoula, à la périphérie Ouagadougou, au Burkina Faso. Le gouvernement, les forces de l’ordre et des organisations de la société civile, s’attèlent à défendre les droits de ces personnes. Du travail reste cependant à faire pour changer les mentalités.

Amadou Hampaté bâ montre l’importance des personnes âgées en Afrique

Pourtant, souvent très cultivées, quelques fois consultées en tant que patriarches, matriarches ou Trésors humains vivants, les personnes âgées, détentrices de savoirs, ont un capital d’expériences enrichissantes à valoriser. En référence aux ainés détenteurs de sagesses pour qui une attention particulière devrait être réservée, Amadou Hampâté Bâ à qui est attribué le proverbe « en Afrique, un vieillard qui meurt est une bibliothèque qui brule », disait dans un discours prononcé en 1960 à l’UNESCO :  « Je pense à cette humanité analphabète, il ne saurait être question de livres ni d’archives écrites à sauver des insectes, mais il s’agira d’un gigantesque monument oral à sauver de la destruction par la mort, la mort des traditionalistes qui en sont les seuls dépositaires. Ils sont hélas au déclin de leurs jours. Ils n’ont pas partout préparé une relève normale. En effet, notre sociologie, notre histoire, notre pharmacopée, notre science de la chasse, et de la pêche, notre agriculture, notre science météorologique, tout cela est conservé dans des mémoires d’hommes, d’hommes sujets à la mort et mourant chaque jour. Pour moi, je considère la mort de chacun de ces traditionalistes comme l’incendie d’un fond culturel non exploité. »

les personnes âgées, détentrices de savoirs, ont un capital d’expériences enrichissantes à valoriser.

La culture africaine accorde une place importante aux personnes âgées car supposées représenter la sagesse. N’empêche qu’il arrive que des ainés exagèrent dans leurs approches communicationnelles avec les plus jeunes. Leur notoriété ne les exempte pas de critiques sur leurs comportements. Maitre Titinga Frédéric Pacéré le dit bien en parlant des conflits familiaux : « Si l’aîné s’abreuve d’injures, le cadet s’abreuvera de sorcellerie ». Le droit d’ainesse qui n’exclut pas l’intégrité et la courtoisie des uns envers les autres est un enjeu important.

Eugène YOBOUET

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