Culture/Tentative JahBoy (Opérateur culturel): « La méconnaissance de ce métier est réelle en Côte d’Ivoire »

Passionné et amoureux du secteur des industries culturelles et créatives (ICC), « Tentative JahBoy » ou « Soldat JahBoy » à l’état civil Yéboua Kouadio M. a accompagné de nombreux artistes dans le pays. Opérateur culturel et activiste socioculturel (manager d’artistes, producteur d’artistes, auteur-compositeur, agent, organisateur d’évènements, consultant, agitateur culturel…), son expertise est reconnue par tous ses confrères dans le milieu. Artiste engagé qui ne pratique pas de langue de bois, il est depuis 9 ans, le manager principal de l’artiste Reggae Naftaly. Consultant du temple Reggae « le Parker Place » et coorganisateur de « Abidjan Reggae Rock Festival », Tentative Jahboy partage ses nombreuses années d’expérience dans le domaine. Ivoirehandicaptv.net l’a rencontré.
Ivoirehandicaptv.net: quel est selon vous, le niveau de connaissance du métier de manager d’artiste en Côte d’Ivoire ? Et quel est le rôle d’un manager d’artiste ?
Tentative JahBoy: (rire), en Côte d’Ivoire, le niveau de connaissance du métier de manager d’artistes est à revoir. La majorité des managers d’artistes apprennent ce métier sur le tas. Cela pourrait se justifier par l’absence d’écoles de formation dans ce domaine et plusieurs pays en Afrique ont ce même souci du secteur. Nous n’allons pas leur en vouloir mais, il faut plutôt penser à des renforcements de capacité en s’améliorant continuellement de sorte à rehausser l’image du métier. Le rôle d’un manager serait de développer, orienter, diriger, gérer, conseiller, planifier la carrière d’un artiste en le positionnant jusqu’au rayonnement.
IHTV: On constate que certains artistes, quand ils se lancent dans la musique, préfèrent travailler seul, au lieu de faire un appel à un manager. Cette façon, de faire, aura-t-elle une incidence sur la suite de leurs carrières ?
TJB: Le manager (Directeur) et l’artiste (Produit), chacun à sa mission. L’artiste crée (Créateur) et le manager vend (marqueteur/Commercial). Ce qui voudrait dire qu’ils sont complémentaires, complices dans une confiance et respect professionnel. Pour un artiste qui travaille seul, cela est difficile pour se construire une carrière professionnelle. Il serait plus intéressant de faire appel au service d’un manager professionnel. À la base, tout artiste à son succès mais, comment maintenir son succès dans le temps ou aboutir à une réussite de carrière ? Telle est la mission du manager d’artiste dans le développement d’une carrière mais généralement, les artistes font appel au service des non professionnels ou des personnes qui ne sont pas fait pour le métier. Le Manager d’artiste, c’est le professionnel qui a le potentiel. Il est l’intermédiaire entre les acteurs de l’industrie musicale et le public. Il est celui qui déniche un artiste, le transforme et le positionne pour son rayonnement.
IHTV: Nous constatons également qu’il y’a un déficit de connaissance sur ce secteur. Dans la plupart des cas, les managers apprennent sur le tas ou participent à des séminaires et formations de courtes durées. Quel serait selon vous une solution sur le long terme. Créer une filière ou une école de management artistique ?
TJB: Oui, effectivement beaucoup reste à faire dans le secteur pour embellir l’image de la corporation mais, c’est ensemble dans la solidarité qu’on va y arriver. L’école spécialisée au management artistique a vu le jour en Côte d’Ivoire il y’a quelques années maintenant, donc ce qui explique également ce souci de moins de professionnels. Mais, depuis 2003, l’INSAAC a ouvert la filière du management artistique. Nombreux managers en Côte d’Ivoire ont appris sur le tas, l’occasion est de rappeler que le manager d’artistes est un technicien, ce qui traduirait impérativement pour lui d’avoir 50% de pratique et 50% de théorie comme connaissance pour être plus à l’aise dans l’exercice de son métier. Malheureusement, le triste constat en Afrique et particulièrement en Côte d’Ivoire, les acteurs sont plus focus sur la pratique sans connaitre les normes, les méthodes et les exigences du métier. En Côte d’Ivoire, les séminaires et formations dont vous parlez intéressent moins d’acteurs, c’est ce qui pose le vrai souci dans le secteur aujourd’hui. Des acteurs qui réclament un transport avant de prendre part à une formation qui est à leurs avantages, et souvent trouvent que c’est une perte de temps ces ateliers scientifiques. Sinon, certains managers avec leurs backgrounds scolaires, estudiantins et autres ont compris que la formation reste essentielle pour leur évolution. Donc, ils ont pu investir dans leurs formations, les ateliers, les séminaires et aussi sur internet pour avoir de documents ou des capsules de vidéos YouTube qui ont pu les aider à mieux comprendre le métier et certains sont les plus professionnels sur le terrain que ceux qui viennent de l’école de management directement pour le métier. Le manager doit avoir des connaissances en gestion, en marketing, en commerce, en droit, en psychologue, en sociologie, artistiquement également. En un mot, le manager doit être instruit à la base et après, place à son génie qui pourrait le singularisé dans ces actions sur le terrain en plus de son carnet d’adresses. Aujourd’hui, les solutions sont nombreuses, déjà que l’école spécialisée en management artistique existe à l’INSAAC, nous invitons tous nos jeunes frères à suivre la voie normale pour mieux apprendre avant d’arriver sur le terrain et savoir de quoi parle ce milieu. Nous lançons un vibrant appel au ministère de la culture. Nous souhaitons plus d’implication dans ce secteur, ce qui permettra d’aider à redorer le blason de la corporation dans son organisation et sa structuration car, ce secteur aujourd’hui en Côte d’Ivoire emploie au minimum plus de 500 acteurs.
Que les présidents des différentes associations mettent en avant l’intérêt général. Très bientôt, un groupe de professionnel baptisé BIMACI (Boite à Idées des Managers d’artistes de Cote d’Ivoire) va initier un projet de Causerie-débat musical afin d’inviter tous les acteurs, les experts et les professionnels de la filière musique pour solutionner à l’implémentation d’une industrie musicale en Côte d’Ivoire. Nous invitons à plus d’actions, de formations, des rencontres professionnelles, de renforcement de capacité et souhaitons également que notre ministère de tutelle nous ouvre certaines salles au niveau du palais de la culture pour des partages d’expériences car, nous avons des experts et professionnels qui pourraient être utiles à la plus jeune génération. Car, ne dit-on pas qu’une jeunesse formée est une richesse pour notre nation? d’où l’encourager à l’entrepreneuriat culturel.
IHTV: Votre opinion sur l’organisation de ce secteur et quel appel vous pouvez lancer à l’endroit des personnes qui veulent embrasser ce métier ?
TJB: Il est temps qu’on pense à se remettre en cause. Aujourd’hui avec le numérique, le métier de management est devenu plus facile par un gain de temps et une mobilité et autres. La Côte d’Ivoire qui était la plaque tournante de la musique hier a perdu cette place pour beaucoup de raisons que je ne pourrai évoquer ici. Il serait plus qu’utile pour chaque acteur de penser à se former déjà sur internet, pour mieux s’outiller car, la compétition est rude sur le terrain. L’heure est de solutionner et non de se jeter la faute afin que la Cote d’Ivoire retrouve sa place de noblesse dans la culture Africaine. Ce crédo No culture, No Africa et No Africa, No Culture, ce qui signifierait l’importance de la culture, sans culture pas d’Afrique car l’on a tout pris à l’Afrique sauf sa culture, et Sans l’Afrique pas de culture pour le reste du monde, les autres continents aujourd’hui se retournent vers l’Afrique pour l’exploitation de sa culture avec l’arrivée des majors, à nous de se réveiller pour prendre notre destin en main, car personne ne viendra le faire à notre place. Et également, on sait tous, ce que la culture Africaine a pu apporter au monde. La musique qui est le quatrième Art et le plus présent ou cité de tous les arts et regorge plus d’acteurs et le secteur dans lequel nous évoluons qui a plus besoin d’être professionnalisé dans notre nation car l’écosystème de la musique est à améliorer. Que le ministère de la culture essaye de s’impliquer sérieusement dans l’organisation et la structuration du secteur qui reste un pilier important de développement de la Côte d’Ivoire, car en France, ce secteur rapporte plus de financement que celui de l’automobile et autres. A observer de loin, l’on pourrait également nous permettre de le résumer comme du folklore mais s’y intéresser vous fera découvrir un autre univers plus utile dans la construction et l’amélioration de l’humain. Mon message pour toute personne qui envisage épouser ce métier est la formation et l’information au métier et être sûr de ces compétences car le manager d’artiste est une tête pensante, leader qui est égal à un chef d’entreprise car, n’est pas mécanicien toute personne qui sait changer la roue endommagée d’un véhicule mais apprendre la mécanique. Pour ceux ayant, le Baccalauréat, je les invite particulièrement à prendre attache avec l’INSAAC pour avoir plus d’informations à la dite filière et contacter des devanciers sur le terrain pour avoir des informations sur la réalité du terrain pendant leurs formations théoriques.
Pour finir, les arts et la culture marquent le début et la fin du processus de développement d’une nation. Acteurs culturels et Artistes soyons des influenceurs de la paix, la justice, L’amour, l’humanisme, le pardon et le sens de responsabilité car, seul dans un atmosphère stable, serein et de quiétude que nous pouvons être utile à notre communauté, mieux vaut le préserver maintenant que jamais. Aux managers d’artistes de savoir qu’ils ont une carrière à développer donc il faut qu’ils s’investissent au maximum dans leurs formations et l’information au métier. Nous restons également disponible à tous ceux qui souhaitent en savoir plus sur le métier pour des conseils et orientations dans leurs projets. Que vive la culture Ivoirienne ainsi que des acteurs professionnels.
Entretien réalisé par Guy Martial KOUASSI







