Côte d’Ivoire/ANAHPCI Port-Bouët: le combat d’Amafou Aristide pour le bien-être des personnes handicapées
Amafou Adon Aristide est président de l'Association nationale des handicapés physiques de Côte d'Ivoire (ANAHP-CI) section de Port-Bouët. Dans cette interview accordée à Ivoirehandicaptv.net, il parle de son combat pour le bien-être des personnes handicapées physiques de Port-Bouët.

Ivoirehandicaptv.net : Que fait l’ANAHP-CI pour les personnes handicapées ?
Amafou Aristide: L’ANAHP-CI a pour mission et vocation d’aider les personnes en situation d’handicap sur le plan national maintenant comme nous sommes une section, nous aidons d’abord sur le plan social et sur le plan sanitaire. Mais au-delà de cela nous sommes en train de nous battre pour l’insertion des personnes en situation d’handicap tant dans la fonction publique à travers le concours dérogatoire, tant dans la commune pour que l’employabilité soit effective au niveau de niveau de notre municipalité. Nous sommes en train de nous battre pour que les entreprises qui sont basées dans la zone industrielle et dans la zone aéroport puissent nous permettre de fonctionner à travers la prise en compte de nos membres pour travailler. Nous sommes également en train de nous battre pour tout ce qui est aspect communautaire. Alors nous sommes en train d’organiser la structure à telle enseigne qu’on puisse créer des AGR qui sont des activités génératrices de revenus à travers nos dix sections. Dans les sous-sections, nous avons un responsable et un bureau. Ici au niveau de Port-Bouët, le maire Emmou Sylvestre nous aide à travers une subvention municipale, ce qui permet notre fonctionnement. En notre sein, nous avons permis l’unité de toutes les organisations des personnes handicapées dans la commune et notre leitmotiv c’est de permettre le bien-être de la personne en situation de handicap.
Quel regard voulez-vous que la société ait vis-à-vis des personnes handicapées ?
AA : Le regard que je voudrais, c’est d’abord à notre niveau, nous ne devons pas avoir honte de notre handicap, nous devons nous battre et ne pas baisser les bras. C’est pourquoi l’année prochaine, nous avons comme leitmotive le financement de projets et entrepreneuriat. Nous voulons permettre aux personnes en situation de handicap d’avoir eux-mêmes leurs propres activités et se prendre en charge. Qu’elles puissent mettre de côté leur handicap. Nous devons nous dire que nous aussi nous sommes importants, nous devons nous faire valoriser. Il faudrait que le regard qu’on a de nous-mêmes change. Il faudrait que nous soyons des battants, des personnes qui mettent tout en œuvre pour gagner malgré leur handicap. Une personne handicapée ne doit pas faire pitié, il doit donner l’envie aux gens de l’aimer. Le regard que la société doit avoir vis-à-vis de nous doit être un regard flatteur et non un regard de pitié.
Comment comptez-vous vous y prendre quand on sait que plusieurs personnes handicapées n’ont pas le niveau requis pour travailler ?
AA : La formation est la clé de tout succès. Il faut apprendre, il faut se former. C’est vrai qu’en notre sein, il y a beaucoup d’analphabètes. C’est pour cette raison que l’année prochaine, nous prévoyons un programme spécialisé avec le comité local d’alphabétisation de notre commune pour permettre à ces personnes d’avoir les niveaux. En alphabétisation il y a trois niveaux. Si on est dans ce canevas, c’est bon mais on peut aussi se mettre dans l’auto emploi, former les personnes en situation de handicap.
Quelles actions avez-vous déjà menées au sein de votre association ?
AA : Nous sommes là depuis le 21 novembre 2020, nous avons été élu en tant que président avec toute l’équipe et nous avons fait la passation de charge depuis le 12 décembre 2020. Depuis cette date, on travaille. La première activité c’est d’abord l’investiture le 13 février 2021. Quand nous avons fait l’investiture, on a choisi 10 personnes en raison d’une personne par sous-section à qui, on a remis 50.000 FCFA chacune pour pouvoir les insérer. L’aspect social c’est une procédure. Quand le membre a un besoin social, il va vers son président de section pour lui transmettre sa demande. Le président de section, en retour, envoie la demande à la permanence ou au secrétariat qui, à son tour, transmet cela au premier vice-président en charge de ces questions qui à son tour transmet la demande au président de l’association qui vérifie si le membre respecte les conditions. Quand on finit de faire les vérifications, il y a un comité social piloté par le président qui donne la décision finale et on assiste le membre. Pour le cas de santé, ce n’est pas la même procédure. On fait ce qu’on peut dans l’immédiat, selon les moyens disponibles. On a eu à agir au niveau du social. On a eu à payer des loyers de maison de certains membres, on a assisté des membres en difficultés avec des kits alimentaires etc. Au-delà de l’aspect sanitaire et social, il y a eu aussi le projet des femmes que nous avons lancé. Quand nous avons rendu hommage aux femmes en leur distribuant des pagnes. On a également lancé un fonds pour elles et à partir de l’année prochaine, ce fonds sera disponible et on pourra insérer les femmes dans le tissu socio-économique et elles pourront se prendre en charge. En plus des femmes, l’année prochaine, il y aura des projets collectifs pour les 10 sous-sections. Il y aura les projets des femmes et des projets individuels. C’est pourquoi, on a mis l’accent sur l’entrepreneuriat et le financement des projets. Nous avons fait aussi d’autres activités. On a fait une activité communautaire d’hygiène et d’environnement dans la commune de Port-Bouët. Au cours de cette activité, les personnes handicapées ont balayé les rues de leur commune. On a fait également fait Journée amicale et sportive au cours de laquelle, nous avons fait du sport, du fitness et on a eu des matchs amicaux et aussi des jeux et loisirs. On a eu un atelier de renforcement de capacité et un séminaire à l’attention des membres du bureau. On a aussi la célébration de la Journée internationale des personnes handicapées prévue le 3 décembre. Au cours de cette journée, on aura un panel qui a pour thème ‘’Accessibilité et mobilité des personnes en situation de handicap dans la commune de Port-Bouët’’. A ce panel sont invités le député-maire et son adjoint et d’autres décideurs de la commune.
Que prévoyez-vous pour l’année à venir ?
AA : L’année 2022 est placée sous le sceau de l’entreprenariat et des projets. Nous allons d’abord démarrer avec le projet des femmes. Nous allons allouer un fonds de 1 à 3 millions de FCFA. Après il y aura le projet des sous-sections. Nous allons commencer avec 300.000 FCFA par sous-section pour un petit projet collectif qui va leur permettre d’épargner, de s’entraider avant de venir vers l’association. Il y aura aussi les projets individuels. Nous allons mettre également l’accent sur la recherche des partenaires ainsi que sur l’employabilité. Ce sont là, les grandes lignes de notre 2ème année de mandat.
D’où viennent les ressources que vous utilisez pour financer vos activités ?
Je voudrais saluer les autorités communales. Feu Hortense Aka Angui avait un penchant pour les personnes handicapées. C’est elle qui nous avait offert le local qui nous sert de siège. Et le député-maire Emmou Sylvestre a pris le relais et il a même augmenté notre subvention. C’est cette subvention qui nous permet de fonctionner mais nous décidé de créer une activité pour le bureau exécutif pour ne pas que le jour où les autorités n’arrivent plus à nous subventionner, on puisse être bloqué. Nous voulons avoir une plantation de cultures maraichères, faire l’élevage de porcs et de volailles et faire d’autres activités génératrices de revenus. Déjà, nous avons un service informatique qui nous rapporte de l’argent, on y fait des photocopies, des traitements de textes et autres. On veut développer plusieurs autres choses pour être autonomes. Nous avons une unité de location de chaises et des bâches également.
A combien s’élève la subvention que vous recevez de la Mairie ?
AA : La subvention s’élève à 20 millions FCFA dont 12 millions de FCFA pour l’ANAHPCI, 4 millions de FCFA pour Lueur d’espoir (aveugles et malvoyants), les Albinos à travers leur association qui est BEDACI ont 2 millions de FCFA et les sourds et malentendants ont également 2 millions de FCFA. L’ANAHPCI reçoit les 12 millions de FCFA par tranche de 3 millions de FCFA chaque 3 mois. Il faut noter que quand nous sommes arrivés à la tête de l’ANAHPCI, nous avons hérité de certaines dettes qu’il fallait éponger. Il y avait une dette liée à l’Assemblée générale qui a duré huit mois, il y avait également une dette liée aux anciens dirigeants qu’il fallait éponger.
Avez-vous un appel à lancer ?
AA : Nous voulons que les grandes faitières nous convient aussi à des grandes choses. Notre appel va par ailleurs à l’endroit des décideurs et des bailleurs. Nous leur demandons de venir vers des structures comme nous qui œuvrons dans le social, de nous appuyer, de nous accompagner, d’être avec nous pour qu’on puisse réussir ce challenge d’aider notre communauté. Nous sommes ouverts et nous sommes joignables au 0504800712 et au 0757585241. Nous voulons dire à tous nous dirigeants, à toute la société que nous personnes handicapées nous voulons nous valoriser, nous voulons aussi apporter notre pierre à l’édifice dans notre société. Nous voulons changer le regard des autres sur nous. Ce n’est pas parce qu’on est handicapé qu’on ne peut pas faire un travail de valide, ce n’est pas parce qu’on est handicapé, qu’on n’est pas important. On est important et notre voix aussi compte. Quand il y a des élections, on nous appelle aussi pour voter, ça veut dire que nous sommes des citoyens et si nous sommes des citoyens, nous devons aussi mettre notre savoir-faire au service de la nation et de la communauté.
Marina N.







