Côte d’Ivoire / Bintu Ruhigita (Pdte AFAS) : « les personnes vivant avec un handicap ont des compétences comme tout être humain »
Bintu Ruhigita est originaire de la République démocratique du Congo (RDC). Elle est la présidente de l'action des femmes africaines solidaires pour le développement en France (AFAS), une association qui a des actions dans près de 12 pays en Afrique et qui a pour objectif le développement en Afrique et en France par les femmes. Membre du haut conseil des Congolais de France-Europe, son organisation s'occupe essentiellement des personnes vivant avec un handicap dans 3 pays Africains. Dans cette interview accordée à Ivoirehandicaptv.net, elle invite les autorités Africaines à inclure la notion de handicap dans toutes leurs actions.
Ivoirehandicaptv.net : Qu’est ce qui a motivé la création de cette association ?
Bintu Ruhigita : L’Action des femmes africaines Solidaires pour le développement (AFAS) est une association qui gère un réseau d’associations ayant pour objectif le développement en Afrique et en France par les femmes. Nous soutenons les initiatives associatives des femmes africaines, puis nous luttons contre les violences faites aux femmes. Nos actions s’orientent en faveur du développement durable au sens large, ce sont des programmes spécifiques du co-développement. De plus, AFAS promeut l’accès à l’éducation et aux formations par la construction d’écoles, de lycées techniques et professionnels dans des pays directement concernés par des guerres. Nous travaillons en République Démocratique du Congo, au Burkina Faso, en Côte-d’Ivoire, au Mali, au Sénégal, au Togo, au Bénin, en République centrafricaine, en Mauritanie, à Madagascar, au Cameroun et au Congo Brazzaville. Nous menons aussi des actions en France pour promouvoir l’entrepreneuriat des femmes et pour l’accès aux droits, l’éducation à la citoyenneté et à la parentalité.
IHTV : Qu’est ce qui a poussé votre association à s’interesser aux personnes vivant avec handicap?
BR : Le pole central a été vraiment le pole déclencheur de l’action des personnes vivant avec handicap. C’était avec la Guinée Bissau où nous avons effectué un voyage de mission depuis 2020 et actuellement nous accompagnons des porteurs de projets avec la fédération para-olympique et handisport en Guinée Bissau. Ils ont des activités sportives que nous accompagnons depuis la France. Djimmy Ceppoh, président de l’union des communicateurs sur le handicap (UCH) vient de démontrer, avec l’organisation du Salon des œuvres d’art des personnes handicapées (SOVAH) que les personnes vivant avec handicap ont des compétences comme tout être humain.
IHTV : Le handicap n’est-il pas un frein à l’emploi de ces personnes ?
BR : Les chiffres ont vraiment montré que plus de 49% des personnes vivant avec un handicap viennent du milieu des chômeurs. C’est ce qui nous motive en France en se disant que plus le handicap reste un tout petit peu banalisé, plus on risque de passer à côté du message de la dignité humaine à toute personne vivant avec handicap. Donc, prenons en compte le fait que l’indice du développement d’un pays doit toujours regarder l’indice du développement humain et toute personne qu’on soit valide ou handicapée, on a toujours quelque chose à donner et à recevoir. Nous, dans notre réseau AFAS, nous avons beaucoup reçu des personnes vivant avec handicap que de valides parce qu’elles au moins, elles ont cru en nous, elles ont cru à notre action, elles sont ouvertes et elles nous accompagnent partout. Nous nous battons pour la cause de la valorisation de la personne humaine, le droit de l’être humain. Nous revendiquons cette assistance au niveau des renforcements des capacités humains parce que plus nous donnons la chance pour tous, plus ces personnes peuvent être capables de produire du bon travail.
IHTV : Qu’est ce qui vous ressentez quand vous travaillez avec des personnes handicapées?
BR : Je n’ai jamais été découragée de travailler avec des personnes handicapées. Au contraire, je reçois beaucoup d’amour et de professionnalisme derrière leur tâche, leur mission et ensemble nous pouvons aller très loin. Il faut créer des lieux de travail pour elles, il faut créer des cités de métiers qui peuvent facilement mettre en exergue leurs talents, sans tenir compte de leur handicap et de leur précarité. En Guinée Bissau, dès que nous avons créé un lieu qui fédère toutes personnes, toutes structures qui travaillent avec les personnes handicapées, nous avons vu de l’engouement. En RDC, nous avons un ministre aux affaires sociales qui est aussi une personne vivant avec un handicap. Juste pour dire que nous avons su leur faire confiance, nous avons su leur dire qu’eux aussi peuvent participer au développement de leur pays.
IHTV : Que pensez-vous du SOVAH?
BR : Ce salon a été une réussite. Les stands que nous avons visités pendant cette activité démontrent que le travail accompli n’est pas avec une connotation du handicap. Ces personnes vivant avec un handicap qui ont organisé ce salon sont vraiment des professionnelles, des spécialistes, des expertes comme tout être humain. Donc, valorisons leurs compétences, changeons notre regard à notre niveau et comme ça, les personnes vivant avec handicap donneront le meilleur d’elles-mêmes. Nous comptons donc accompagner toutes ces personnes pour leur insertion professionnelle mais aussi leur reconversion professionnelle.
IHTV : Votre appel
BR : J’appelle surtout les autorités politiques car c’est elles qui ont la charge de gouverner tout un pays. On ne peut pas gouverner un pays et oublier ce pourcentage de personnes vivant avec handicap et se sentir à l’aise. Il faut travailler sur la cohésion sociale mais aussi renforcer tout ce qui nous met en commun et tout ce qui appelle à l’unité, aux échanges des capacités de chacun de nous et surtout la complémentarité dans le fait de vouloir changer les choses. Changeons notre regard envers les personnes handicapées. C’est à nous les personnes dites valides de changer notre regard envers les personnes handicapées et je crois qu’elles sont très ouvertes.
Interview réalisée par Guy Martial KOUASSI







