Témoignages

Côte d’Ivoire: Handicapé à l’âge de 4 ans, voici l’histoire émouvante de Kassi Pierre

 »Le handicap se passe dans la tête », telle a été la phrase prononcée par Kassi Aboigny Pierre, Agent Administratif au Collège Moderne du Plateau. Victime de la poliomyélite depuis l’âge de 4 ans, Kassi Pierre n’a plus retrouvé la plénitude des ses membres inférieurs jusqu’à aujourd’hui malgré les efforts de ses parents.

 »Cette maladie a ruiné ma famille car, ils ont beaucoup dépensé sur moi pour que je retrouve à nouveau la joie de marcher », précise-t-il avant d’ajouter que  »ce mal a aussi crée un froid entre mes deux parents car, mon père n’acceptait pas d’avoir un enfant handicapé. Ma mère, refusant cette situation a quitté mon père pour se rendre au village avec moi, dans le but de trouver une solution à mon mal ».

C’est donc sans un fauteuil roulant, dans des conditions extrêmement  »humiliantes » et sans l’aide de son père qu’il vivait au village.

 »Même mon extrait de naissance a été établit par ma mère car mon père ne voulait plus entendre parler de moi », précise Kassi.

Des années plus tard, ses deux parents se sont réconciliés et la naissance de son petit frère dit normal est venue corroborer cette réconciliation. Quelques mois après la venue au monde de son frère, sa mère le rejoint au village avec lui.

Après quelques années passées avec son frangin, son père vint chercher le fils dit normal et laisse le jeune Kassi entre les mains de sa mère.

 »Quand j’avais 7 ans, mon père est venu récupérer mon petit frère pour l’amener chez lui à Grand-Bassam dans le but de le scolariser », indique-t-il avec sourire.

D’après Kassi, aller à l’école n’était pas dans le programme de sa mère.

 »C’est à l’âge de 10 ans que j’ai mis pieds à l’école. Ma mère n’acceptait pas les regards des autres à cause de mon état et pour elle, son enfant devrait rester à la maison pour éviter les moqueries. C’est grâce à une de ses amies que j’ai pu aller à l’école car, elle l’a convaincue pour que j’aille m’instruire vu que j’avais l’âge de son fils », affirme-t-il.

 »Je marchais à 4 pattes pour me rendre à l’école jusqu’à la classe de CM2. En 1987, j’ai eu mon CEPE mais, je n’ai pas pu avoir la bourse pour continuer mes études vu que ça n’allait plus chez ma mère », explique Kassi.
Il a donc passé 15 ans dans le village après avoir eu son certificat d’étude primaire. Sa mère décède après et il était là sans activité.

 »C’est une amie du nom de Anne Marie N’Guetta avec qui j’avais fait l’école primaire qui m’a aidée en me remettant des marchandises d’une valeur de 36 000 Fcfa. Je vendais un peu un peu ces articles dans une caisse devant ma porte. Il faut dire que mon village m’a adopté vu que pratiquement tout le monde venait faire des achats chez moi. Progressivement, les choses ont commencé à avancer et de la caisse, avec l’aide de mon amie, je suis passé dans une maison qui était devenue une boutique », annonce Kassi.

Malgré ces efforts, Kassi avait des soucis au niveau de sa santé et cette situation l’a obligée à quitter le village.

 »Je me suis rendu chez mon père à Grand-Bassam et on me prenait pour quelqu’un qui ne pouvait rien faire. Je n’acceptais pas cette situation. J’ai du partir à l’insu de mon père pour me retrouver à Abidjan », avoue-t-il.
Une fois en ville, notre aventurier a du dormir pendant 3 jours dans la rue. Après, il a été recueilli par un Pasteur de l’église Assemblée de Dieu d’Adjamé et celui-ci lui a permis de suivre pendant 3 ans une formation en informatique ou il a obtenu un certificat.

Il a été hébergé quelques années plus tard par le président des handicapés de M’Batto, un étudiant du nom de feu Kassi Ernest dans la cité universitaire d’Abobo. Celui-ci l’a formé dans les associations et il a aussi trouvé une prise en charge pour lui afin qu’il retourne à l’école au groupe scolaire sociaux d’Abobo.

 »J’ai également eu des prises en charge pour me perfectionner en informatique. Après le BEPC en cours du soir, mon ami a eu du travail et il est parti à Bonoua. Je suis donc resté seul dans sa chambre et c’est là Mr Kouassi m’a récupéré jusqu’à ce qu’en 2006, je sois retenu pour mon premier emploi comme agent administratif pendant le recrutement dérogatoire. J’ai été affecté au collège moderne du plateau », confie Kassi avant de conclure qu’il faut être ambitieux, courageux et très déterminé dans la vie car, il y’a des valides qui sont sans emploi, il y’a certains qui dorment dans les rues, donc il faut se battre malgré son handicap ».

DSM

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