Côte d’Ivoire/Konan Denis (président du COFRETAS) : «que les retraités aussi connaissent des augmentations au niveau des pensions »
Dans la première partie de l’interview accordée à Ivoirehandicaptv.net, le 3 juin 2021, Konan Denis, président du Collectif des fonctionnaires retraités après trente années de service (COFRETAS) a abordé plusieurs sujets relatifs au Collectif qu’il dirige. Dans cette seconde partie, il souhaite que les pensions des fonctionnaires ivoiriens à la retraite soient revalorisées chaque fois que les salaires des fonctionnaires en activité connaissent une hausse.
Avez-vous entrepris des démarches auprès du nouveau ministre de l’Emploi et de la Protection sociale concernant votre revendication?
Pas encore. Nous comptons le faire. Mais quand un ministre arrive, il faut lui laisser le temps d’organiser son Ministère sinon vous arrivez au moment où il est en pleine restructuration. Parce qu’il vient peut-être d’arriver avec son directeur de cabinet et tout. Il faut donc leur laisser un peu de temps pour s’asseoir. C’est pourquoi, nous n’avons pas encore écrit. Sinon tous les ministres des Affaires sociales depuis M. Kafana, ensuite M. Dosso Moussa (nous lui avons écrit deux fois) et à chaque fois, il nous a balancé à des structures comme la CGRAE et la direction de la protection sociale. Nous avons des séances de travail avec ces deux structures qui sont restées sans suite. Avec M. Abinan, nous étions déjà à la FARECI donc en 2017, il y a eu une Assemblée générale ordinaire de la FARECI. La FARECI a remis un mémorandum au ministre Abinan et là-dedans il y a 7 revendications avec la revendication concernant les arriérés en première position. Nous avons déposé on ne nous a jamais appelé pour nous entendre sur ce sujet. Il est parti, l’autre ministre est arrivé. Nous allons écrire. Tant que j’ai le souffle de vie, j’ai la santé et que je suis à la tête du COFRETAS, on est dans la lutte.
Quel appel avez-vous à lancer à l’endroit du ministre de l’Emploi et de la Protection sociale et quelles sont vos attentes vis-à-vis cette nouvelle équipe?
L’appel, il est simple et unique. L’Etat nous a employés, nous sommes entrés à la Fonction publique en tant que fonctionnaires, l’Etat nous payait régulièrement. Dieu merci, en Côte d’Ivoire on n’a jamais connu de cessation de paiement au niveau de la Fonction publique mais à un moment donné, quand le gouvernement ivoirien a connu ses premières difficultés financières dans les années 80, le gouvernement a pris la décision de bloquer les avancements indiciaires. Chaque deux ans les fonctionnaires changeaient d’indice et donc de salaire. Depuis 1988 ça été bloqué et à l’époque, nous n’avons pas de grève parce que nous savions qu’il fallait sauver la mère patrie sinon si la patrie tombe il n’y a plus de fonctionnaires. Nous avons fait ce sacrifice, nous avons aidé l’Etat à rester débout. Aujourd’hui les gouvernements se sont succédé, les présidents se sont succédé, on nous annonce que tous les clignotants économiques sont au vert avant même cette crise de covid-19, tous les clignotants étaient au vert. Malgré la crise même, on n’est pas à zéro. Au moment où l’Etat connait ce boom économique, il est bon de nous payer ces arriérés parce que c’est comme si l’Etat nous a employés et on ne nous a pas payés correctement. Ce n’est pas juste. L’Etat lui-même traine les employeurs qui ne payent pas bien leurs employés devant la justice du travail. Ce n’est pas cet Etat-là qui va employer les gens et ne va pas les payer. Donc mon appel c’est que l’Etat nous rende justice. Nous avons travaillé pour l’Etat, nous sommes partis à la retraite, nous n’avons pas eu le temps de préparer nos vieux jours parce que nous avons vécu avec le seul salaire pendant des décennies. Pendant que le coût de la vie prenait l’ascenseur, nous étions au bas de l’immeuble. On n’a pas pu préparer nos vieux jours. C’est le moment que l’Etat nous paye cet argent pour qu’on puisse se bâtir quelques murs pour nous abriter. Etre à la retraite et payer ses loyers, ce n’est pas facile. Nous demandons la clémence de l’Etat, je ne sais même pas s’il faut parler de clémence. Vraiment que l’Etat se souvienne des personnes qui ont travaillé, qui ont permis à l’Etat d’être là. Qu’il se souvienne de ces personnes et qu’il leur fasse droit en payant leurs arriérés de salaire au titre des avancements indiciaires. Bien plus, lorsque les fonctionnaires en activité connaissent des augmentations de salaire, que les retraités aussi connaissent des augmentations au niveau des pensions dans la même proportion puisque les pensions même ne sont pas élevées.
A combien peut-on estimer le montant de ces arriérés ?
Il est difficile de donner un montant exact parce que les conditions d’entrée à la fonction publique sont différentes. Chacun est rentré à la fonction publique avec ses particularités. Il y en a qui y sont rentrés très jeunes et d’autres très âgés. On n’a pas fait le même boulot. Moi j’étais instituteur mais il y avait des professeurs, des médecins etc. chacun, en fonction du temps passé à la fonction publique, de ce qu’il faisait comme travail et de là où il était arrêté au niveau de l’avancement, il y a un stock d’arriérés. Mais au forum social en 2012 à Yamoussoukro, j’ai posé la question au représentant du ministre de l’Economie et des Finances par rapport à ces arriérés. Il m’a dit qu’en juin 2012, ce stock d’arriérés, pour les retraités et pour ceux qui étaient en activité, était évalué à 1000 milliards. Dans les 1000 milliards, nous avions notre part et ceux qui étaient en activité avaient leur part. Dans les résolutions du forum social en 2012, la commission à laquelle nous appartenons et qui s’est occupée des salaires et des accessoires de salaire, a demandé à l’Etat de payer les arriérés d’avancement aux retraités. On a demandé que l’Etat paye les arriérés d’avancement indiciaire aux fonctionnaires en activité. J’ai sollicité et obtenu qu’on ne mette pas tout dans une même phrase pour ne pas qu’on soit dilué. Donc il y a une phrase claire qui demande au gouvernement de payer les effets financiers des avancements indiciaires aux fonctionnaires en activité, l’autre qui demande à l’Etat de payer les effets financiers des avancements indiciaires aux retraités. Nous avons écrit une motion spéciale pour le président de la République à cette époque-là qui a été lue à la fin des travaux. Le 1er mai 2018, il y a une centrale syndicale qui a posé le problème des arriérés au président de la République qui a répondu qu’il ne payait pas parce que ce n’est pas lui qui était là à cette époque donc on devait arrêter de rêver. J’ai répondu par voie de presse pour lui dire qu’on n’est pas d’accord avec cette décision parce que l’Etat c’est une continuité. C’est vrai qu’il a dit ça en 2018, dans un contexte peut-être qui l’a poussé à le dire mais nous souhaitons qu’il revienne sur sa décision pour nous payer cet argent parce que ce serait justice rendue à des gens qui ont rendu d’énormes services à l’Etat ivoirien.
Qu’avez-vous prévu cette année au titre de vos activités?
Nous avons déjà mené les deux principales activités qui étaient au programme. A savoir notre Assemblée générale élective dans le déroulement normale de notre structure puisque nous étions en fin de mandat. Il y a eu des élections le 26 mars dernier et l’activité principale, c’était notre bal appelé ‘’Bal des aînés’’. Nous avons organisé ce bal à Daloa puisque le siège de notre structure se trouve encore à Daloa. Moi-même je résidais là-bas quand le collectif a été créé et depuis le siège s’y trouve. Ce bal a été organisé dans un des prestigieux hôtels de Daloa. Il reste les activités de tous les jours, à savoir rencontrer différentes personnalités pour le règlement de notre problème.
Interview réalisée par Marina N.







