Côte d’Ivoire : Konan Denis, président du Collectif des fonctionnaires retraités après 30 années de service, à cœur ouvert
Le Collectif des fonctionnaires retraités après 30 années de service (COFRETAS) est inscrit depuis 2016 à la Fédération des associations de fonctionnaires et agents de l’Etat à la retraite de Côte d’Ivoire (FARECI). Son président, Konan Denis, s’est confié à Ivoirehandicaptv.net. Dans cette interview, il aborde plusieurs sujets relatifs au Collectif qu’il dirige.
Quels sont les principaux objectifs du COFRETAS ?
Nous avions 4 objectifs. Dans un premier temps, demander à l’Etat de payer nos arriérés d’avancement qui datent de 1988. Deuxièmement, demander à l’Etat de supprimer les impôts qui passaient sur notre pension de retraite. Troisièmement, bonifier notre pension comme on l’a fait pour nos camarades qui sont partis à la retraite en 1992. Ils sont partis après 30 ans de service mais leurs avancements ont été suivis jusqu’à ce qu’ils aient l’âge statutaire de 55 ans. Le quatrième objectif c’était de demander à l’Etat de traiter avec célérité les dossiers de départ à la retraite. C’est que nous avons dépassé cette étape-là mais nous ne souhaitons pas que nos enfants, nos petits frères et nos petites sœurs vivent cela parce que c’est chaotique. Passer des mois voire des années sans toucher sa pension, sans revenus alors qu’on a encore des charges, c’était difficile.
Quelles actions avez-vous mené en vue d’atteindre ces différents objectifs ?
Nous avons commencé d’abord à rencontrer différentes structures en charge des droits de l’homme parce que nous estimons que, pour ce qui est notre principale revendication, à savoir le paiement de nos arriérés, ce sont nos droits qui ont été bafoués. Nous avons travaillé pour le compte de l’Etat qui nous devait une part de nos salaires qu’il a bloqué pendant des décennies et puis lorsque nous partions à la retraite il ne nous a pas reversé cette part. Nous avons estimé que c’est une injustice et donc qu’il fallait rencontrer les structures en charge des droits de l’homme. Nous avons commencé par la Commission nationale des droits de l’homme. Nous avons continué avec le Ministère de la Fonction publique. Nous sommes allés au Ministère de l’Economie et des Finances. Nous avons rencontré le Grand Médiateur à l’époque. Nous avons participé au forum social qui a été organisé pour le monde du travail en 2012. Toutes ces démarches en vue du paiement de ces arriérés. Nous avons affilié notre collectif à la centrale syndicale ‘’Humanisme’’ depuis 2012 et depuis 2016, nous sommes affiliés à la FARECI. Parce que nous nous sommes dit que seul c’est difficile de gagner une telle bataille. Avec Humanisme, chaque 1er mai nous avons participé à la fête du travail où notre revendication a été portée deux fois devant les autorités. Une première devant le Premier ministre Kablan Duncan, une deuxième fois devant le président de la République, en 2017. Chaque année depuis 2012, notre revendication figure dans le cahier de doléances de la centrale syndicale Humanisme.
Vous avez évoqué les démarches effectuées dans le cadre de vos revendications, quelles autres activités avez-vous entrepris ?
Nous avons des activités de divertissement parce que quand on est ensemble, il est bon parfois de se réjouir surtout que dans notre milieu il y a beaucoup de décès, vu l’âge avancé de nos membres. De temps en temps nous nous offrons des moments de distraction, donc nous organisons aussi des sorties. Notre première sortie c’était à la cascade de Man, la 2ème sortie c’était à Jacqueville où nous avons fait trois jours. La 3ème grande sortie c’est celle qui nous a conduits sur cinq jours à l’Ile Boulay, à la Baie des milliardaires. Nous avons visité les grandes écoles de Bingerville, l’orphelinat, l’EMPT, le Jardin botanique. Nous avons visité le musée des costumes de Grand-Bassam. Nous avons visité le port d’Abidjan, nous avons visité un bateau etc. Voilà un peu nos activités. En 13 années, nous avons fait beaucoup de choses.
Où en êtes-vous avec ces revendications aujourd’hui ?
Nous avons tapé à beaucoup de portes mais malheureusement nous avons buté sur une situation qui nous défavorise à chaque fois. Quand vous entreprenez des démarches avec un ministre et que le dossier est en train d’être inscrit, soit il y a un remaniement qui intervient et vous avez un nouveau ministre qui arrive. Je voudrais préciser que nous n’avons jamais été reçus par un ministre, ce sont les chefs de cabinet qui nous reçoivent. Du temps du ministre Gilbert Kafana Koné, quand il était aux Affaires sociales, nous avons été rencontrés par son directeur général du Travail et à l’issue de cette rencontre les 3 impôts dont je parlais tout à l’heure ont été supprimés 5 mois après. Mais il reste encore un hic à ce niveau parce que ces impôts ont été supprimés sur les pensions allant jusqu’à 300.000 FCFA, mais au-delà de 300.000 FCFA, les gens sont encore imposés. C’est la seule chose que nous avons obtenu des deux grandes revendications que nous avions.
Et vos arriérés ?
Concernant le paiement de nos arriérés, tous nos efforts n’ont pas encore trouvé de solutions. Et nous avons écrit, tapé à beaucoup de portes. La Première dame, le président Henri Konan Bédié, nous avons demandé audience, nous n’avons pas été reçus. Nous avons écrit aussi à Transparency International qui a une représentation ici qu’on appelle Social Justice. Ils ont pris attache avec le Conseil national des droits de l’homme puis le Conseil national de dialogue social. On a rencontré encore cette fois, le Conseil national des droits de l’homme en janvier 2019, nous avons eu des séances de travail et la crise est arrivée. Nous avons eu aussi une séance de travail avec le président du Conseil national de dialogue social, M. N’doumi. Et après la crise, nous sommes repartis et récemment, nous avons eu une séance de travail avec un des conseillers du Conseil national des droits de l’homme, M. Akanza. C’était peu avant le 1er mai 2021 et c’était trop juste. Ils ne sont pas centrale syndicale mais il m’a dit qu’il va rendre compte aux autres conseillers et ensemble, ils vont demander à la présidente d’écrire au gouvernement par le biais de la ministre de la Fonction publique, Mme Ouloto, pour que le gouvernement puisse prendre cela en compte. Pour dire que nous sommes encore là malgré toutes les difficultés que nous avons rencontrées Nous ne baissons pas les bras, nous sommes dans la lutte.
Interview réalisée par Marina N.







