Handicap au Congo Brazzaville/André Kabi (Secrétaire exécutif de Handicap Afrique) : « Les associations sont la cible d’une manipulation politique »
André Kabi est psychologue clinicien, psychothérapeute et orthophoniste. Il est le Secrétaire exécutif de l’ Association Handicap Afrique (AHA), une ONG implantée au Congo Brazzaville. Dans une interview accordée à Ivoirehandicaptv.net, il indique que les associations du secteur du handicap ‘’ont du mal à s’organiser réellement pour un meilleur rendement et sont la cible d’une manipulation politique’’.
Présentez-nous votre association
Association Handicap Afrique (AHA) est une organisation non gouvernementale (ONG) créée le 1er septembre 1993 à Brazzaville (Congo) par 25 techniciens de la réadaptation (psychologues, professeurs de sourds, éducateurs spécialisés, médecins (psychiatres, neurologues, rhumatologues), assistants sociaux,…) pour valoriser leur différence professionnelle au profit des personnes vivant avec handicap (PVH).
Qu’est ce qui a motivé la création de cette association ?
Un constat malheureux : je suis rentré de France et j’ai constaté avec amertume que mon bagage intellectuel était très éloigné des réalités sur le terrain. Tout ce que j’avais appris en France devait être repensé et adapté, à moins d’accepter la reconversion en simple administrateur pour gagner mieux ma vie. Cette réalité était partagée par beaucoup de pays africains. D’où cette vocation panafricaine attribuée à AHA.
Quelles sont les missions assignées à votre association ?
Ce sont entre autres la promotion et la protection des droits des personnes vivant avec un handicap en Afrique ; l’amélioration des conditions de vie des personnes vivant avec un handicap en Afrique ; Faire de la recherche-action en vue d’améliorer les performances des techniciens de la réadaptation en Afrique.
D’où cette association tire-t-elle ses ressources ?
Cette association vit des recettes des différentes prestations à travers ses centres de prise en charge, des différents projets mis en œuvre, des aides et dons extérieurs (partenaires). Elle vit également des cotisations statutaires.
Avez-vous le soutien des autorités de votre pays ?
Oui, il y a un accord de partenariat signé en mai 2000 avec le gouvernement congolais qui a mis des infrastructures (bâtiments) à notre disposition pour l’animation de certains de nos centres. La Journée Internationale des Personnes Handicapées (JIPH – 3 décembre) est souvent fêtée ensemble, financée soit par nous, soit par le gouvernement.
Parlez du secteur du handicap dans votre pays ? Comment ce secteur est-il organisé ?
Il y a plusieurs organisations des personnes handicapées (OPH) et de différents types de handicap. Les lois en faveur de la cause des personnes vivant avec un handicap (PVH) existent mais manquent de textes d’application. Ces différentes associations catégorielles ont du mal à s’organiser réellement pour un meilleur rendement et sont la cible d’une manipulation politique. On les met dans une situation de précarité pour mieux les manipuler en échange de quelques faveurs.
Il existe, certes, plusieurs associations de handicap mais quelle est la particularité de la vôtre ?
Même si AHA compte des PVH parmi ses membres, elle est davantage une organisation pour personnes handicapées, une organisation tournée vers la recherche du mieux-être pour autrui. Elle a une vocation panafricaine. Elle crée et anime des centres de rééducation d’abord au Congo en guise d’expérience pilote à devoir exporter progressivement dans les autres pays africains.
Quelles sont difficultés que vous rencontrez dans l’exercice de vos activités ?
Les valeurs culturelles autour du handicap constituent un frein majeur dans la prise en charge d’une PVH. Nous devons beaucoup sensibiliser les populations sur le handicap car les coutumes priment sur les droits des PVH.
Quels sont vos rapports avec les personnes handicapées en RDC ?
Pour AHA, le handicap n’a pas de couleur, de nationalité, de patrie. Grâce à la Fondation Liliane, nous avons des partenaires en RDC. Quand nous pouvons, nous agissons. Nous avons une vocation panafricaine et donc, la RDC est parmi nos cibles privilégiées.
Comment voyez-vous le futur du secteur du handicap en RDC et en Afrique ?
AHA et la RDC devraient faire bloc ensemble pour devenir le moteur de la réadaptation en Afrique. Depuis quelques temps déjà, AHA étudie les possibilités d’ouvrir une antenne en RDC et en attend les opportunités.
Quels sont vos projets à court, moyen et long terme ?
Il y a 3 ans déjà, nous avions lancé (sur financement de l’Union européenne), le Prix Leendert Struijs pour le Congo (PLSC) qui récompense, tous les 3 décembre (JIPH) la personne physique/morale qui s’est le mieux illustrée pour la promotion/protection des droits des enfants en situation de handicap. Nous serions heureux de trouver des adhésions qui nous permettraient de pérenniser et d’améliorer ce PLSC.
Avez-vous un appel à lancer aux autorités de votre pays et aux personnes en situation de handicap?
Des parents ou communautés qui veulent abréger la vie de leur enfant handicapé se cachent derrière les coutumes pour justifier leur infanticide “toléré”. Il est temps que les autorités de quelque pays que ce soit comprennent qu’un crime est un crime, quel que soit la victime. Aux PVH, nous disons que nous sommes ensemble avec elles pour promouvoir et protéger leurs droits.
Marina N.







