Justin Sanza (Lueur d’espoir communauté des malvoyants de Port-Bouët) : ‘’Au sein de notre ONG, nous avons une cellule capable d’aider les élèves non-voyants’’
Justin Sanza est président de l’ONG Lueur d’espoir communauté des malvoyants de Port-Bouët (sud d'Abidjan). Dans un entretien accordé à Ivoirehandicaptv.net, il explique qu’il existe au sein de l’ONG qu’il dirige, une cellule capable d’aider les élèves non-voyants de Port-Bouët, dans le cadre de leur prise en charge scolaire. Ce qui leur éviterait de se rendre jusqu’à l’institut de Yopougon pour se former.
Présentez-nous Lueur d’espoir communauté des malvoyants
L’ONG Lueur d’espoir, communauté des malvoyants, est une ONG qui œuvre pour le droit et la promotion des personnes déficientes visuelles et leur permet de pouvoir entreprendre, être de grands entrepreneurs et les aider dans la formation professionnelle pour ceux qui n’ont pas pu aller à un niveau intellectuel plus élevé.
Que fait l’ONG Lueur d’espoir pour les personnes handicapées visuelles ?
Justin Sanza : D’abord, pour quelqu’un qui voyait et qui perd la vue, nous lui permettons d’apprendre le braille afin de pouvoir communiquer avec les autres. Nous faisons l’initiation au braille (écrire, lire). Après cette étape, nous lui demandons s’il voudrait apprendre l’informatique. S’il exprime cette volonté-là, nous lui faisons l’initiation à l’informatique. Après cela, nous lui demandons ce qu’il voudrait faire dans la vie. S’il veut poursuivre les études, nous l’orientons à l’université ou à l’institut des aveugles afin qu’il puisse poursuivre son cursus scolaire. Mais, ceux qui veulent entreprendre, nous leur demandons de nous apporter ou de nous partager leur projet. Et avec eux, nous rédigeons leur projet et on leur permet de pouvoir bénéficier d’un fonds pour pouvoir entreprendre. Bien sûr, c’est bien encadré et suivi par nos experts.
D’où proviennent les ressources utilisées pour le financement de tous ces projets?
J.S : Nos moyens sont des ressources propres venant de nos membres fondateurs et aussi de la subvention que nous recevons de la mairie. Mais, la mairie qui nous octroie cette subvention nous demande d’aider les non-voyants qui sont dans la commune avec une ligne directive bien déterminée. Donc, nous suivons cette ligne-là pour les non-voyants de la commune. Maintenant, sur fonds propres, pour ceux qui veulent aller à l’école, nous les orientons en mettant à leur disposition les outils brailles c’est-à-dire la tablette, la canne blanche, les documents en braille pour qu’ils puissent être au même niveau que les autres et aller plus loin à l’école. Pour ce qui est de l’entreprenariat, nous aidons ces personnes grâce à nos relations et à nos partenaires financiers.
En tant que personnes malvoyantes ou aveugles, quelles sont les difficultés auxquelles vous êtes confrontées quotidiennement ?
J.S : Les difficultés qu’un non-voyant rencontre dans la vie, ce sont d’abord des difficultés de mobilité, de déplacement. Se déplacer à Abidjan pour un non-voyant, c’est difficile. D’où cette activité que nous avons qui est la locomotion. C’est-à-dire quand quelqu’un perd la vue et qu’il arrive chez nous, il ne sait pas comment faire donc on lui dit voilà ‘’tu pourras te déplacer seul maintenant’’. Il est étonné mais on lui dit que c’est possible. Et on lui dit ‘’voici cet outil-là qui est la canne blanche, avec ça tu pourras te déplacer’’. Il demande comment faire, on lui dit ‘’nous allons te donner des cours de locomotion’’, c’est-à-dire qu’on lui apprend comment se déplacer avec sa canne blanche. Cette première difficulté-là, nous arrivons déjà à pallier à ça. Après cela, le non-voyant a des difficultés à s’insérer dans le tissu social. La preuve, quand nous approchons certaines entreprises pour leur dire qu’on a un non-voyant qui a tel ou tel capacité, les responsables sont réticents mais par contre quand on leur explique comment il pourra travailler ou comment ils pourront, ou quand on leur dit qu’à l’aide de son ordinateur, voilà ce que le non-voyant peut faire, ils sont très étonnés de savoir que c’est possible. Pour dire que c’est possible pour un non-voyant d’être employé si le matériel est disponible, si aussi les responsables d’entreprises acceptent d’être compréhensibles et aussi ouverts, nous leur apportons cela. L’autre difficulté en milieu scolaire est que pour les parents qui ont des non-voyants qui sont ici à Port-Bouët, ils ont cette difficulté d’aller inscrire leurs enfants dans les écoles primaires ordinaires parce que quand ils vont, les responsables d’établissements disent qu’ils n’ont pas le matériel adéquat pour l’encadrement et la prise en charge des non-voyants. C’est cette difficulté qui oblige les parents à aller à l’institut de Yopougon qui est le seul institut à Abidjan où ces non-voyants peuvent être formés et pris en charge. Or, nous avons à notre siège, les outils nécessaires pour la prise en charge de ces non-voyants. Pour l’élève non-voyant de Port-Bouët, au lieu d’aller jusqu’à l’institut de Yopougon, nous avons ici, une cellule capable de les aider. Puisqu’à l’institut, il y a une cellule technique qui transmet en braille les devoirs pour les non-voyants qui vont dans les établissements privés qui acceptent et ça c’est par une négociation. Ici à Port-Bouët, nous pouvons le faire, sauf que nous demandons aux établissements d’accepter ce que nous leur proposons et dire que c’est possible parce que c’est ce qui se fait à l’institut de Yopougon. Il y a une cellule technique qui transcrit en braille les devoirs pour les élèves non-voyants. Ce que nous faisons ici quand nous faisons l’initiation au braille, nous transcrivons en écriture noire ce qui est écrit sur la feuille blanche pour le non-voyant qui vient apprendre en braille. Nous pouvons le faire avec les établissements scolaires.
Quel votre appel à l’endroit des personnes non-voyantes et même des autorités?
J.S : C’est de dire à toute personne déficiente visuelle que perdre la vue n’est pas une fatalité, perdre la vue n’est pas perdre la vie. Une fois que nous avons cette déficience visuelle là, c’est de ne pas se décourager, c’est de chercher en premier une association des personnes déficientes visuelles, l’intégrer et demander au responsable comment faire pour s’orienter en fonction de ses besoins. Par exemple, si c’est un élève qui a perdu la vue pendant qu’il était sur les bancs, c’est possible pour lui de continuer les études mais, si c’est une personne qui travaillait (c’est ce que nous rencontrons toujours et nous en avons plusieurs dans nos associations), on leur dit par rapport à ce que vous faisiez, on est obligé puisque vous avez perdu la vue, de vous reconvertir, qu’est-ce que vous aimeriez faire d’autre ? C’est comme ça que nous avons formé plusieurs non-voyants informaticiens, musiciens, instituteurs, professeurs etc. C’est possible de continuer sa vie. C’est pourquoi notre slogan c’est ‘’perdre la vue n’est pas perdre la vie, c’est plutôt une réadaptation à une vie nouvelle’’. C’est ce message que je voudrais lancer à toute personne aveugle et aussi aux parents. Si vous avez des enfants, des proches qui ont perdu la vue, ne vous découragez pas, ne désespérez pas, orientez-vous plutôt vers les associations qui sauront quoi faire pour vos enfants. Nous demandons aux autorités de répondre aux demandes d’audience des responsables d’associations qui ont des difficultés pour leurs membres. On a des membres qui ont des problèmes pour établir des extraits, des papiers administratifs. Nous, responsables d’associations, nous n’avons pas ce pouvoir, ce sont les autorités qui peuvent le faire. Donc, quand nous partons vers eux pour leur présenter ces cas-là, nous leur demandons d’avoir une écoute favorable pour que nos membres puissent être allégés. En ce qui concerne la subvention, nous les remercions pour leur soutien et leur demandons de faire un peu plus.
Entretien réalisé par Marina N.







