Martin Kieti (Consultant) : son engagement pour l’inclusion des personnes handicapées en Afrique
Martin Kieti est de Nairobi (Kenya), il est consultant en développement inclusive et travaille avec plusieurs organisations. Dans la première partie de l’interview accordée à Ivoirehandicaptv.net, il parle des différentes collaborations qu’il a avec des structures en vue de l’inclusion des personnes handicapées en Afrique.
Qui est Martin Kieti ?
M.K : Je viens de Nairobi Kenya, je suis consultant en inclusion, développement inclusive pour personnes handicapées et je travaille avec plusieurs organisations à qui je donne mes compétences via l’inclusion des personnes handicapées en Afrique.
Quelles sont les structures avec lesquelles vous travaillez et en quoi consiste votre travail ?
M.K : D’abord, je travaille avec l’Union mondiale des aveugles comme leur consultant sur la ratification et la mise en œuvre du traité de Marrakech ici en Afrique. On a fait beaucoup de travail avec les gouvernements pour la ratification du traité et la Côte d’Ivoire a ratifié le traité, il y a quelques mois. Au-delà de la ratification du traité, il y a la mise en œuvre des prévisions de traité dont les lois nationales sur les droits d’auteur pour permettre l’accès aux textes imprimés par les personnes aux handicaps visuels et autres handicaps pour lire les imprimés. Il y a beaucoup de personnes qui ont les handicaps de lire les imprimés y compris les personnes aux handicaps visuels et aussi certaines personnes aux handicaps moteurs. Ce qui les empêche de manipuler les livres imprimés, tourner les pages, tenir le livre et même tourner la tête pour pouvoir lire. Alors on travaille sur ça et du 13 au 17 décembre, il y aura une formation sur le traité de Marrakech qui se fera en ligne. Je travaille aussi avec le Conseil international sur l’éducation des personnes aux handicaps visuels qu’on appelle (ICEVI). C’est un organisme qui travaille pour promouvoir l’accès à l’éducation et l’inclusion des personnes handicapées visuelles en Afrique. Je suis le secrétaire général et nous travaillons avec des partenaires dans le champ de l’éducation pour nous assurer que les personnes avec un handicap visuel reçoivent l’éducation inclusive et qualitative. Nous avons de petits projets en Afrique de l’ouest et nous comptons, dans quelques semaines, commencer à travailler ici en Côte d’Ivoire pour donner le support technologique à l’amélioration de l’éducation pour les personnes handicapées.
Y a-t-il d’autres organisations avec lesquelles vous collaborez ?
Je travaille aussi avec le Daisy consortium ou le consortium Daisy. C’est un consortium des organisations qui permet la production de livres accessibles pour les personnes aux handicaps de lecture. Nous menons des formations pour aider les pays, les organisations nationales qui rédigent les livres à pouvoir produire des livres qui sont accessibles. Nous avons aussi des standards qu’on développe pour IDESSA. Quand on commencera à travailler ici en Côte d’Ivoire, ça sera de développer la capacité locale de produire des livres accessibles pour l’usage des personnes aux handicaps de lecture.
Quand vous parlez de livres accessibles, c’est quoi exactement ?
M.K : Ce sont les livres électroniques qui peuvent être lus avec les portables, les tablettes, les ordinateurs mais qui permettent aux personnes aux handicaps de lecture de manipuler les textes électroniques plus facilement. Parce que quand un document est électronique ça ne dit pas que ce document-là est accessible. Alors, il est toujours important d’assurer que le livre ou le travail électronique est aussi accessible, est en format accessible. Je travaille aussi avec le BENETECH qui est une organisation basée en Amérique et là nous menons plusieurs projets à base de la technologie et l’un de nos premiers plus grands projets est le projet Bookshare. Bookshare est une bibliothèque en ligne de livres accessibles pour l’usage des personnes aux handicaps de lecture. Bookshare est la plus grande bibliothèque dans le monde de livres, de textes accessibles. Nous avons plusieurs millions de titre là-bas et les titres sont en plus de 50 langues mondiales. Et les livres sont lisibles dans les appareils spéciaux ou même les appareils communs comme les téléphones portables, les tablettes, les ordinateurs. Et ce sont les livres qu’on peut lire par 5 moyens. C’est-à-dire, qu’on peut lire les livres en braille, en caractère normal, en caractère élargi ou les lire en audio. On peut aussi les lire en caractère surligné pour les personnes qui ne peuvent pas suivre les lignes d’un texte. Tous ces moyens de lire sont importants à différentes catégories de personnes avec le handicap de lecture. C’est ainsi que Bookshare est la plus grande et la plus populaire bibliothèque accessible. On n’a pas besoin de grands livres en braille et avec cette Bibliothèque, les coûts aussi sont réduits, parce qu’on n’a pas de besoin de les reproduire sur du papier. Il y a beaucoup d’avantages pour l’utilisateur, parce qu’on a beaucoup de livres et ce n’est pas cher. On peut lire n’importe où et n’importe comment. On va commencer à voir comment apporter le Bookshare en Côte d’Ivoire pour qu’on puisse améliorer l’éducation des personnes aux handicaps de lecture.
C’est quoi le handicap de lecture ?
M.K : Le handicap de lecture, c’est le handicap qui empêche la lecture des livres imprimés. Il y a d’abord des personnes qui ne voient rien, les aveugles. Ceux-là ne peuvent pas voir les imprimés. La 2è catégorie, ce sont les personnes qui ont un peu de vision mais qui ne peuvent pas voir les caractères standards, c’est tout petit, alors les caractères doivent être agrandis pour qu’ils puissent lire, ce sont les malvoyants. Il y a aussi des personnes qui ont des difficultés de distinguer les couleurs (la couleur du papier, de l’ancre, des mots peuvent empêcher certaines personnes de lire, parce que ça les mélange). Il y a également des personnes qui ont des difficultés pour suivre les lignes sur un livre, ils commencent à lire la première ligne et arriver au milieu, ils se perdent, ils sont confondus, on appelle ça la dyslexie. Il y a d’autres personnes qui, parce que leurs mains sont faibles, ils ne peuvent pas porter un livre et le tenir, on appelle ça la dystrophie musculaire. Il y a des personnes qui peuvent même porter les livres mais les doigts n’ont pas la capacité de tourner les pages. Ceux-là aussi sont empêchés de lire. Et puis il y en a encore qui ne peuvent pas tourner la tête de gauche à droite pour lire. Toutes ces personnes sont au nombre des personnes qui ont des handicaps de lire les imprimés. Comme je l’ai dit plus haut, on a commencé à discuter en Côte d’Ivoire pour voir comment apporter le Bookshare pour permettre aux personnes handicapées, soit les élèves dans les écoles, soit dans les universités ou même les personnes dans la communauté à avoir accès au livre. On estime que moins de 10% de tout matériel dans les pays développés est accessible. Dans les pays non développés comme chez nous, c’est -1% de livres qui sont accessibles aux personnes aux handicaps de lecture, c’est-à-dire que beaucoup de personnes ne peuvent pas lire, n’ont pas la liberté de jouir de leur droit de lire parce que le matériel n’est pas accessible à eux. C’est pourquoi, le traité de Marrakech devient important.
Que dit le traité de Marrakech exactement et en quoi il est important?
M.K : Il est venu pour faciliter l’accès à ces matériels parce qu’il enlève les barrières des droits d’auteur qui empêchent la reproduction des livres en format accessible. Les droits d’auteur empêchent la reproduction, la distribution et le partage de travail protégé par les droits d’auteur. Mais pour avoir un livre accessible aux personnes avec les handicaps de lecture, il faut prendre ce travail-là et faire certains changements pour que le livre soit accessible. Si un pays signe le traité de Marrakech, ça lui permet de prendre les livres déjà imprimés, déjà disponibles à titre commercial et les reproduire pour l’utilisation des personnes aux handicaps de lecture sans demander de permission aux auteurs. C’est ce qui est important. Le traité dit que si un pays signe le traité et devient membre du traité, il sera possible que certaines organisations dans le pays qui servent les personnes aux personnes aux handicaps de lecture peuvent prendre les livres protégés et les reproduire en format accessible aux personnes handicapées sans permission des auteurs. Ce critère va s’appliquer seulement aux personnes qui ne peuvent pas utiliser, lire un livre imprimé.
Comment savoir si ces livres sont accessibles aux personnes avec les handicaps de lecture?
M.K : En revanche, nous qui défendons les droits humains et des droits des personnes handicapées, nous avons promis que quand on va reproduire ce matériel, ce livre, ce sera disponible seulement aux personnes aux handicaps de lecture. Alors nous devons mettre en place le système de distribution, pour nous assurer que les copies de ces livres qui sont protégés ne tombent pas dans les mains de personnes non autorisées. La bibliothèque Bookshare vise à mettre en œuvre le traité de Marrakech en reproduisant et distribuant les textes protégés en format accessibles pour les personnes qui ont le handicap de lecture. On a commencé les discussions pour apporter la bibliothèque Bookshare dans l’éducation et le milieu social des Ivoiriens. Au-delà, commencer à créer des copies accessibles des livres publiés ici, les rendre accessibles et les partager sur la bibliothèque Bookshare parce que c’est une bibliothèque internationale et ça ne vise pas juste à apporter les livres anglophones, américains, les livres de France ou d’autres pays chez les Ivoiriens sans avoir aussi des livres ivoiriens qui sont accessibles. Alors d’un côté on fait apporter la bibliothèque en Côte d’Ivoire et d’un autre côté, on transforme les livres ivoiriens en format qui est accessible pour les mettre aussi sur le Bookshare pour que tous les Ivoiriens et les autres personnes qui veulent lire les livres produits ou même les livres publiés en Côte d’Ivoire puissent les avoir aussi. C’est un échange transfrontalier. Le traité de Marrakech promeut cela, qu’on ait le transfert transfrontalier des livres.
Marina N.







