
Même avant la pandémie, ces dispositifs de soins aux personnes âgées étaient inégaux, précaires et pleins d’inégalités. Aujourd’hui, ils risquent d’être perturbés encore davantage par les mesures visant à limiter la propagation de la COVID-19, ce qui signifie que de nombreuses personnes âgées n’ont plus accès aux soins et à l’assistance dont elles ont impérativement besoin. Il s’agit d’un problème particulier pour les femmes âgées, car elles sont surreprésentées parmi les personnes âgées et sont plus susceptibles d’avoir besoin de soins de longue durée. Un tableau particulièrement effrayant est apparu concernant l’impact de la COVID19 sur les personnes âgées vivant dans des établissements de soins de longue durée. Les autorités de Madrid, par exemple, ont indiqué que 4 260 résidents des centres d’hébergement pour personnes âgées qui avaient été contrôlées positifs au coronavirus ou présentaient des symptômes associés étaient morts dans la seule région de Madrid au mois de mars 2020. La situation est tout aussi tragique ailleurs dans le monde, en particulier là où la propagation du virus est la plus forte. Près de 7 500 résidents des établissements d’hébergement en France sont décédés des suites de la COVID-19, ce qui représente près d’un tiers de tous les décès attribués au coronavirus, et aux États-Unis également, un sur cinq des décès attribués à la COVID-19 est survenu dans une maison de retraite, d’après les informations communiquées dans la presse. Si la situation des personnes âgées qui vivent dans des milieux se caractérisant par de moindres ressources est sans doute différente, les taux de mortalité sont similaires ou même pires dès lors que l’on a de fortes concentrations de personnes âgées sous un même toit.
Aidants, travailleurs de la santé et bénévoles parmi les personnes âgées
Les personnes âgées jouent de multiples rôles dans la société, notamment en tant qu’aidants, bénévoles et leaders dans leur communauté. Comme exposé en détail dans la note de synthèse sur l’impact de la COVID-19 sur les femmes, les femmes âgées sont souvent amenées à s’occuper de proches eux aussi âgés ou à élever des enfants et à s’en occuper. Dans le contexte de la crise de la COVID-19, certains États ont demandé aux professionnels de la santé qui étaient partis à la retraite de reprendre leur activité afin de soulager les établissements de santé débordés. La continuité de leur contribution dépendra de leur propre santé et bien-être et de leur capacité à minimiser le risque de contagion aux personnes dont ils s’occupent. Les personnes âgées travaillant dans les établissements de soins de longue durée, dont l’écrasante majorité, sont des femmes faiblement rémunérées, souvent des migrantes, sont également vulnérables si elles n’ont pas d’équipement de protection individuelle (EPI) pour se protéger et protéger les personnes dont elles s’occupent.
Violences, négligences et maltraitance
Le phénomène de la maltraitance des personnes âgées a pris de l’ampleur et d’après les estimations obtenues avant la pandémie de COVID-19, une personne âgée sur six était victime de maltraitance en 201718. Depuis le début de la pandémie, le nombre de signalements indique une augmentation des violences faites aux femmes, en particulier par des partenaires intimes, une situation encore aggravée par les conditions de confinement. Bien qu’il n’existe pas de données ventilées par âge, les réponses politiques doivent tenir compte des besoins et des droits des personnes âgées, en particulier des femmes âgées, dont la dépendance à l’égard des membres de la famille pour leur survie et leurs soins quotidiens les rend particulièrement vulnérables à la maltraitance19. Les mesures visant à limiter les déplacements peuvent se solder par une augmentation de la violence à l’égard des personnes âgées et de tous les types de maltraitance – physique, émotionnelle, financière et sexuelle – ainsi que de la négligence. À cause de la pandémie, de nombreuses victimes âgées se retrouvent livrées à leur sort, privées d’aide et sans accès aux services.
Personnes âgées en situation d’urgence
Dans les contextes humanitaires, à cause de la surpopulation dans les camps et les installations assimilables à des camps, ainsi que de l’accès limité aux soins de santé, à l’eau et à l’assainissement, les personnes âgées risquent de courir un risque particulièrement grand pendant la pandémie de COVID-19. L’accent doit être mis sur la lutte contre le danger encore plus grand que courent les personnes âgées qui sont des réfugiés, des migrants ou des déplacés et sur la nécessité d’assurer leur accès aux traitements et aux soins de santé, y compris aux services de santé nationaux, mieux équipés pour prodiguer des soins intensifs.
Personnes âgées placées en détention
Il est souvent difficile de respecter une distance de sécurité dans les prisons et autres lieux de détention. Les soins de santé qui peuvent y être prodigués sont aussi limités, ce qui constitue une menace pour les personnes âgées, étant donné le risque plus élevé que représente pour elles la COVID-19. Il convient donc d’explorer les possibilités de libération et les solutions autres que la détention, en particulier pour les personnes qui ont des pathologies qui les rendent plus vulnérables.
Eugène YOBOUET
