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Reportage: Abidjan à l’heure de l’isolement, les ivoiriens se barricadent et continuent à chercher leur pain quotidien

Isolé du reste de la Côte d’Ivoire, Abidjan a été plongé dans un sommeil forcé depuis le déclenchement de la crise sanitaire à Coronavirus. Activités économiques en berne, les populations entre psychose et angoisse vivent la peur au ventre car chaque déplacement s’apparente désormais à un rendez-vous potentiel avec le Coronavirus.

Malgré ce tableau inquiétant, les Abidjanais tentent de vivre surtout que 80% de la population gagne sa vie au jour le jour (secteur informel).
Si dans les premiers jours de la crise, l’on assistait à une certaine forme d’indifférence dans la pratique des mesures barrières pour stopper la propagation du virus mais, depuis l’annonce des nombreux cas d’infections, suivie des mesures notamment de couvre-feu instaurées par le gouvernement, les ivoiriens se sont visiblement réveillés.

Un tour au marché de Treichville ce lundi 30 mars 2020, à 8h, nous a permis de constater que les commerçants sont d’avantage conscients de la menace.  » La mairie a installé aux différentes entrées du marché des points de lavage de main et en plus le marché ferme ses portes à 15h pour entretien. Entre nous, on se sensibilise, certains portent des caches-nez. Ce qui est difficile, c’est le respect de la distanciation d’un mètre. Nous sommes en contact avec les clients et nos camarades car, nos tables sont rapprochées », déplore dame Marguerite Aka, commerçante de produits vivriers.

Dans ce marché, les  »premières victimes » du Coronavirus sont les vendeurs d’articles ( chaussures, vêtements, bijoux et autres accessoires). Ces vendeurs indiquent que plus rien ne  »marche » en dehors des denrées alimentaires.

À quelques mètres de ce marché, le terminus du bus 67 de la Sotra ne désemplit pas. Ici, les consignes sont fermes.  » Seules 50 personnes sont autorisées à embarquer par autobus.

On prend le soin de désinfecter leurs mains avec du gel hydro-alcoolique », nous confie un machiniste de la Sotra. Curieux, l’équipe de www.ivoirehandicaptv.net décide d’effectuer le déplacement à bord de ce bus pour le trajet Treichville-Gonzague. 50 personnes assises côte-à-côte mais, cette imprudence paraît banale. En 20 minutes de trajet, le chauffeur ne s’arrête qu’en cas de descente. Malheureusement une fois à Koumassi, le nombre de montée est supérieur aux passagers descendus, mais personne ne fait vraiment la remarque car le bus est encore aéré. En plus, les Abidjanais ont été longtemps habitués aux bus bondés de monde. Donc, pourquoi se plaindre pour quelques personnes de plus?

Retour sur nos pas, il est 11h. Aux quais des compagnies de transports lagunaires. Bateaux-bus, Aqualine, Pinasse, STL, le dispositif est le même. On avance par vague de 50 personnes après le nettoyage des mains.

 » Nous avons été signalés par les clients car, une fois, nous avons dépassé le nombre de 50 personnes. Notre bateau a une capacité de 250 places mais, on est obligé d’appliquer les consignes gouvernementales », nous confie K.S, responsable du quais de Treichville de la société Aqualine.

Direction Adjamé Forum, il est 13h, la grande voie du bouillant boulevard Nagui Abrogoua ne grouille pas de monde comme d’habitude, les effets de la crise sont passés par là visiblement avec la réduction des déplacements non-essentiels et la fermeture des établissements scolaires.

On décide de s’engouffrer dans le marché (Le Forum), l’ambiance est tout autre. Les incessants ballets de déplacements et bruits rythment cet endroit. Ici, on se protège comme on peut car, les frottements entre clients et commerçants sont presque inévitables. Dans ce lieu bondé, seuls les caches-nez visibles rappellent que le pays est en état de crise sanitaire majeure avec des répercussions économiques.

 » Vous voyez, Il y’ a des points de lavage des mains un peu partout et ceux qui peuvent ont des caches-nez mais, à la vérité on défie la maladie à Coronavirus chaque jour pour nourrir nos familles », témoigne dame Aholouvi Akoua, commerçante. Aussi, à Adjamé comme dans plusieurs marchés, les prix de certains produits ont connu des flambées fulgurantes, notamment le coût de la viande, le poisson, les legumes…

Au Plateau à la cité Administrative, le mardi 31 mars 2020, il est 9 heures, la cour de cet endroit stratégique est presque déserte. Seule une longue file d’attente devant la tour abritant le ministère de la Santé attire l’attention. Information prise, désormais, tous les visiteurs de cette tour doivent passer par la prise obligatoire de leur température via les thermomètres thermiques.
Dans les bureaux, les agents sont à leur poste mais l’inquiétude se lit sur les visages, chacun attend 14 heures ( nouvelle heure de descente) pour rejoindre leur famille.

Un passage éclairé à la Rue 12 de Treichville nous permet de constater que les commerces sont ouverts mais les clients se font rares. A la mairie de Treichville, les responsables ont opté pour une rotation de l’effectif afin de préserver la santé du personnel.

Un coup d’œil dans certains endroits réputés pour la vente de la  »bonne bouffe » notamment à l’espace ONU a proximité de la Garde Républicaine, on constate que tout est fermé. Même scène à Yopougon où quelques vendeuses tentent le service minimum.

 »Les maquis, les bars, les restaurants ont fermé. Nos enfants sont à la maison depuis un moment. I!s faut les nourrir mais si on ne vend plus on risque de mourir plutôt de faim. On sait que c’est pour notre sécurité qu’on nous interdit de vendre mais pendant ce temps comment vivons-nous? », s’interroge en larmes dame Gnepa jeannette, tenancière d’un restaurant de fortune au quartier Koweït à Yopougon. Dans la commune de joie comme ailleurs, les conducteurs des wôrô-wôrô et Gbaka (transports privés en commun) respectent les nouvelles dispositions édictées par le ministère du Transport.

Il est 18h, la nuit tombe sur Abidjan mis en isolement, et chacun songe à rentrer chez lui avant l’heure du couvre-feu avec un secret espoir de voir la situation s’améliorer dans les jours à venir.

Dimitry Chrysostome.

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