Tuerie à la préfecture de police de Paris: le profil de l’assaillant se précise

Deux jours après l’attaque commise à la préfecture de police de Paris, le procureur du parquet national antiterroriste a donné ce samedi 5 octobre une conférence de presse au cours de laquelle il a précisé le déroulement de la tuerie et le profil de l’assaillant.
Les circonstances de l’attaque au couteau à la préfecture de police jeudi 3 octobre se précisent. Grâce à l’examen de la vidéosurveillance et de la téléphonie, notamment, les enquêteurs ont pu retracer le parcours de Mickaël H. depuis son départ de son domicile jusqu’à ce qu’il soit abattu dans la cour du bâtiment après avoir tué quatre fonctionnaires.
Il est 8h22 ce jeudi lorsque l’homme de 45 ans, informaticien à la direction du renseignement de la préfecture de police de Paris, prend un train depuis Gonesse (Val d’Oise), où il réside, pour rejoindre son travail. En fin de matinée, il échange avec son épouse 33 SMS à connotation « exclusivement religieuse ». « Allah akbar », lui écrit-il. Puis : « Suis notre prophète bien-aimé Muhammad et médite le Coran ». Dans la nuit, déjà, des témoins l’ont entendu crier des invocations similaires.
Une demi-heure plus tard, il se rend dans un magasin de la rue Saint-Jacques pour acheter deux couteaux : un couteau de cuisine métallique équipé d’une lame de 20 cm et un couteau à huîtres, qu’il cache sur lui avant de rejoindre son service. « Durant toute cette séquence, le comportement de l’individu ne trahit aucune fébrilité », a indiqué Jean-François Ricard dans son intervention.
« Une scène d’une extrême violence »
De retour dans son bureau à 12h53, il blesse mortellement deux personnes : un major de police âgé de 50 ans, touché à la gorge, et un gardien de la paix de 38 ans, dont l’autopsie révélera de multiples coups de couteau dans la région thoracoabdominale. « Sans qu’il soit nécessaire d’entrer dans le détail des blessures constatées, il peut être indiqué que les autopsies réalisées à la suite de ces décès attestent d’une scène d’une extrême violence », a souligné le procureur.
Mickaël H. entre ensuite dans un bureau voisin où il s’en prend à un adjoint administratif de 37 ans à qui il assène plusieurs coups de couteau, dont deux mortels. Il tente de pénétrer dans un autre local où trois fonctionnaires sont en train de déjeuner. Mais la porte est fermée. Il descend alors l’escalier menant à la cour de la préfecture de police, croise une gardienne de la paix de 39 ans et la tue. Au rez-de-chaussée, il blesse grièvement une adjointe administrative, dont le pronostic vital n’est désormais plus engagé.
Arrivé dans la cour, il menace une personne qui tente de le raisonner. Se trouve également là un gardien de la paix stagiaire qui lui intime l’ordre de poser son arme. Mais au lieu d’obtempérer, l’assaillant se met soudainement à courir dans sa direction, le couteau en avant. Le policier fait feu à deux reprises et le tue. Le parcours meurtrier aura duré sept minutes.
Islam radical
Mickaël H. travaillait à la préfecture de police depuis 2003. Les enquêteurs ont établi que cet homme au casier judiciaire vierge mais qui avait fait l’objet d’une procédure pour violences conjugales en 2009, s’était converti à l’islam il y a une dizaine d’années et qu’il avait été en contact avec des personnes susceptibles d’appartenir à la « mouvance islamiste salafiste ». « Plusieurs témoignages ont fait apparaître qu’il aurait adhéré à une vision radicale de l’islam », a ajouté Jean-François Ricard. Les investigations ont ainsi notamment révélé qu’il souhaitait ne plus avoir certains contacts avec les femmes, qu’il approuvait « certaines exactions commises au nom de l’islam » et qu’il avait récemment changé ses habitudes vestimentaires, « abandonnant toute tenue occidentale au profit d’une tenue traditionnelle » pour se rendre à la mosquée.
L’enquête, reprise depuis hier par le parquet national antiterroriste, doit désormais déterminer les motifs de son passage à l’acte et s’il a bénéficié d’éventuelles complicités. La garde à vue de son épouse, inconnue des services spécialisés et n’étant pas fichée S, a été prolongée ce samedi de 48 heures.
« Dysfonctionnements »
Depuis jeudi, la polémique enfle sur d’éventuelles failles des renseignements. La droite et l’extrême droite pointent ainsi du doigt le gouvernement et réclament la mise en place d’une commission d’enquête à l’Assemblée nationale pour « faire la lumière » sur des « dysfonctionnements ». Plusieurs députés Les Républicains ont également réclamé la démission du ministre de l’Intérieur Christophe Castaner. Peu après l’attaque, celui-ci avait indiqué que Mickaël H. « n’avait jamais présenté de difficultés comportementales », ni « le moindre signe d’alerte ».
Source: Rfi







