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VBG / FEMMES VIOLÉES : DU CALVAIRE DES SURVIVANTES À LEUR RENAISSANCE

De plus en plus en Côte d’Ivoire, les violences basées sur le genre (VBG) sont légions tant envers les femmes, les enfants que les hommes, même si pour ce dernier, le nombre est minime. Au nombre de ces actes ignobles, figure le viol. C’est un acte sexuel (le plus souvent un rapport sexuel) commis sur une personne sans son consentement. Cet acte allie violence, agression et domination. Il peut provoquer chez les victimes, des souffrances physiques et mentales aiguës. Pour Amnesty International, c’est un acte de torture dont l’État est responsable s’il ne fait pas preuve de diligence pour l’empêcher, le punir ou le réparer.

Chaque fois qu’un homme l’approchait, KV devenait nerveuse et agressive. Elle en voulait à tous les hommes et particulièrement à son oncle KP, le benjamin des frères de son défunt père. Ce dernier a abusé d’elle alors que les deux vivaient sous le toit de KS, un

autre frère du père de KV. Chaque matin, elle le maudissait pour l’avoir violé et volé sa virginité en avril 2020. Actuellement

employée dans une structure de la place, KV semble retrouver le sourire avec son petit ami B.M. « Tout ceci est derrière moi grâce à une ONG qui m’a pris en charge. J’ai été traumatisée par cet acte qui a eu un impact sur ma scolarité et ma manière de voir la vie…Je ne vais jamais pardonner à l’oncle qui a abusé de moi », affirme KV, 23 ans, dont l’évocation de ce souvenir douloureux la rend triste et amère.

Victime de viol il y a 3 ans, KV a été choquée par les propos de KP, son autre oncle qui l’avait récupérée après le décès de son père. « Ma fille, c’est vrai que ce n’est pas facile mais, calme ta mère pour qu’on règle ça à l’amiable en famille ». 

Depuis tout ce temps, cette phrase de son tuteur lui donne chaque fois la migraine lorsqu’elle y repense. En fuite depuis son forfait, KP, l’oncle de KV n’est plus jamais revenu dans la maison de son frère, à Yopougon toits-rouges.

« J’ai décidé de raconter mon histoire parce que je veux être une femme libre. Je ne veux pas porter ce fardeau pour le reste de ma vie. Le jour du drame, nous étions trois à la maison. Il y avait mon petit oncle, une petite cousine d’environ 10 ans et moi. Mon tuteur et sa femme étaient au travail. Mon oncle KP a attendu que ma cousine sorte pour aller au marché pour mettre en exécution son plan. Il a donc pris le soin de verrouiller toutes les portes de la maison et est venu me brutaliser et a réussi à déchirer mes habits. Le pire est arrivé. Lorsqu’il a fini son forfait, il est sorti de la maison et n’y est plus jamais revenu. Il a pensé que j’étais morte car, je m’étais évanouie. C’est après que j’ai appris que ma cousine est revenue du marché et m’a trouvé inconsciente. Elle a alerté le voisinage qui est venu me secourir. Puis, j’ai été conduit à l’hôpital. De retour à la maison, j’ai porté plainte à la gendarmerie de Yopougon Toits-rouges”, explique la survivante de ce viol.

Des ONG se mettent ensemble pour lutter contre ce fléau

Éduquer les enfants en particulier les filles sur la santé sexuelle et reproductive ainsi que les VBG demeure la base de cette lutte. L’Union Nationale des Femmes Handicapées de Côte d’Ivoire (UNAFEH-CI), l’Organisation Nationale des Parents des Handicapés Auditifs de Côte d’Ivoire (ONPHA-CI), la CARITAS Sainte Anne de Port-Bouët et de Bouaké, en collaboration avec l’ONG Dignité et droits pour les enfants en Côte d’Ivoire (DDE-CI) à travers un projet se battent pour aider et sensibiliser les victimes de ce fléau.

Financé par ONU-FEMMES, ce projet dénommé ‘’Projet inclusif de promotion de la santé sexuelle reproductive et de lutte contre les viols, les violences sexuelles et psychologiques faites aux filles et aux femmes handicapées et non handicapées (SSR/VBG)’’, a débuté en janvier 2020 et a pris fin en mars 2023. Il a été exécuté à Yopougon par l’ONG ONPHA-CI, à Port-Bouët par la CARITAS Sainte Anne de Port-Bouët, à Koumassi par l’ONG UNAFEH-CI et à Bouaké par la CARITAS de Bouaké.

Gnamien Emilienne Coulibaly, directrice exécutive de l’ONG DDE-CI, explique que la majorité des activités de ce projet a été faite dans les écoles.

‘’Nous nous sommes concentrés sur les écoles pour éduquer nos enfants surtout les filles sur la santé sexuelle, la reproduction et les VBG. Il y a même certains garçons qui voulaient participer à nos formations. Nous avons formé les élèves, les enseignants, les journalistes, les travailleurs sociaux mais aussi la population dans son entièreté’’, a indiqué Emilienne Coulibaly ajoutant que ce sont plus de 10 000 élèves qui ont été sensibilisés dans le cadre dudit projet.

Kouakou Célestine, chargée de projet à l’UNAFEH-CI, pour sa part, indique que l’objectif est de sensibiliser en informant la population et particulièrement les femmes de ces différentes communes sur les violences sexuelles, physiques et psychologiques dont elles peuvent être victimes, ainsi que les différentes voies de recours à leur portée en cas de danger.

« La plupart de ces actes ignobles sont commis par des adultes et souvent des hommes mariés. Pratiquement, toutes ces dénonciations de VBG dans la commune viennent du quartier Houphouët-Boigny de Koumassi-Campement. La plupart des cas, quand nous nous saisissons du dossier, nous allons jusqu’en justice pour incarcérer le bourreau. Nous avons des cas pour lesquels nous n’arrivons pas à aller jusqu’au bout, car les parents abandonnent la plainte. Aujourd’hui, nous voulons amener les femmes et tous ceux que nous rencontrons à dénoncer le viol et les violences sexuelles, à éviter les règlements à l’amiable et permettre de faire une prise en charge efficience afin d’aider les survivantes. Elles sont victimes de violences psychologiques et autres et il faut que les parents comprennent que la justice, l’ONU, la police, l’Etat de Côte d’Ivoire sont là pour eux », a indiqué Kouakou Célestine, chargée de projet à l’UNAFEH-CI et point focal du projet violences faites aux femmes et la santé sexuelle et reproductive dans la commune de Koumassi.

Dans la commune de Yopougon, plusieurs femmes ont bénéficié d’une formation sur les dénonciations des violences faites à leur égard. Selon Digbeu Logbo Landry, membre de l’Ong “Femme sans limite pour servir”, il s’agissait dans cette zone de former des femmes sur ces différentes notions et les dispositions à prendre face à une situation de VBG.

‘’Nous avons décidé de former ces femmes car, ce sont elles les premières victimes des VBG. Il y a des femmes qui sont tout le temps victimes mais, qui n’osent même pas en parler. Grâce à cette formation, elles pourront dénoncer leurs bourreaux et sauront quelles dispositions prendre pour exiger réparation du préjudice causé’’, a-t-il indiqué.

Toujours dans le cadre dudit projet, Camille Tano, président de l’Ong ONPHA-CI, précise que cet atelier devrait instruire les femmes sur comment dénoncer l’ensemble des faits de violence et d’abus sexuels qu’elles subissent. Ces travaux ont été l’occasion pour les participantes de comprendre, les facteurs contribuant aux violences basées sur le genre (VBG) tout en faisant ressortir les types de VBG ainsi que leurs prises en charge.

‘’Au niveau des personnes handicapées, le gros souci qu’on a est qu’il faut que la victime ou la survivante sache même que ce qu’elle vient de subir est une violence et que normalement elle a droit à une réparation du préjudice’’, a fait savoir le président de l’ONG ONPHA-CI.

 

Guy Martial Kouassi

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DR YVES IRIE (MEDECIN GENERALISTE), formel :

« Tout viol doit être considéré comme une urgence médicale »

Pour Dr Yves Irié, médecin généraliste et chef de service au centre de santé de Guitry (Sud-ouest), tout viol doit être considéré comme une urgence médicale. En fait, d’après lui, la prise en charge médicale de la survivante doit être la première action à mener en cas de viol.

« Quand il y a un cas de viol, il faut automatiquement prendre en charge la survivante sur le plan médical. C’est la première action à poser avant toutes autres actions car, logiquement dans les 48 heures, si la survivante est prise en charge, on peut circonscrire ou éviter certaines pathologies et infections. Dans le cadre du VIH-SIDA, les 48 heures sont primordiales parce que pour faire la prophylaxie antirétrovirale, pour plus d’efficacité, la survivante doit rapidement se rendre à l’hôpital. Car, lorsque les 48h passent et que le violeur est séropositif, l’efficacité du traitement préventif est beaucoup plus réduite s’il y a contamination. Même pour d’autres pathologies tel que le tétanos où il faut rapidement faire le sérum antitétanique », a-t-il prévenu.

 Poursuivant, il relève que cette période est importante en ce sens qu’elle permet au médecin de mieux apprécier les lésions et délivrer un certificat médical.

« Quand la survivante attend au-delà de 48h c’est-à-dire ce qui s’est passé aujourd’hui, on peut mieux et bien apprécier les lésions que d’attendre 2 jours après où la survivante a été en contact avec un environnement extérieur, elle s’est même lavée. Là, on risque de détruire les preuves. C’est la raison pour laquelle il est demandé aux survivantes de se rendre immédiatement à l’hôpital », a-t-il ajouté.

Selon lui, le premier test auquel la survivante est soumise est le test du VIH-SIDA. Après, d’autres examens complémentaires tels que les infections sexuellement transmissibles, le test de grossesse se feront.

« Lorsque le test du VIH est positif, nous faisons un traitement curatif et lorsqu’il est négatif, nous élaborons un traitement préventif. Dans le cas où la survivante est séropositive après l’examen, cela veut dire qu’elle était déjà porteuse du VIH car, en médecine il y a ce qu’on appelle la séroconversion. Cela veut dire que quand quelqu’un est contaminé par le VIH, c’est dans 3 mois que le test sera positif. La survivante est également mise sous antibiotique pour prévenir des lésions génitales et anales mais également toutes lésions physiques associées. Il y a aussi les antiseptiques qu’on prescrit contre certains microbes pour que la survivante fasse sa toilette intime », a-t-il précisé avant d’ajouter que c’est un examen complet qui se fait.

 

GMK

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Kouakou Albertine, psychologue-formatrice, consultante en genre et santé de la reproduction parle des conséquences du viol

Pour la psychologue, le viol présente de lourdes conséquences immédiates qui peuvent être d’ordre physique, affectif, psychologique et sociale chez la survivante. Un accueil et un soutien psychologique individuel pour la survivante ainsi qu’à leurs proches peuvent l’aider à s’en sortir.

‘’Au plan physique ou somatique, les conséquences peuvent se présenter sous forme de blessures, d’état de choc traumatique, d’IST/VIH/SIDA et de grossesse non désirée. Au plan affectif et psychologique, nous pouvons avoir le stress post-traumatique, la crainte, la honte, le sentiment d’insécurité, de haine de soi, de sentiment de culpabilité, de repli sur soi, des idées ou comportement suicidaires, d’auto ou hétéro agressivité (Colère, agressivité, suicide, homicide)’’, a indiqué la psychologue.

A en croire Mme Kouakou, le viol présente le plus de risques et représente le cas le plus grave en matière de violence basée sur le genre.

‘’Au plan social, la survivante est exposée à la stigmatisation par la communauté, au rejet par la famille et la société, à l’isolement, au refus de relation sociale par la victime, à la prostitution, à la féminisation de la pauvreté, à l’accroissement des inégalités entre les genres, à la culpabilisation de la victime, à l’abandon des activités, a l’homicide et au suicide’’, a-t-elle énuméré.

 

GMK

 

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Encadré

Les chiffres du viol en Côte d’Ivoire

Selon les données du Système de gestion des informations sur la violence basée sur le genre du (GBV-IMS), en Côte d’Ivoire, ce sont 159 cas de viols qui ont été enregistrés en 2010, 217 en 2011, 578 en 2012, 497 en 2013, 292 en 2014, 249 en 2015, 599 en 2016, 696 en 2017, 693 en 2018, 693 en 2019, 822 en 2020, 954 en 2021. Il faut noter que ces données partagées sont seulement des cas déclarés, et ne sont pas représentatifs de l’incidence totale ou la prévalence de viol en Côte d’Ivoire.

Ces tendances statistiques sont générées exclusivement par les prestataires de services de VBG qui utilisent le système de gestion d’information (GBVIMS) pour la collecte des données dans la mise en œuvre des activités et d’intervention VBG dans un nombre limité d’endroits en Côte d’Ivoire et avec le consentement éclairé des survivantes.

 

GMK

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Gnamien Emilienne Coulibaly, responsable du projet Santé Sexuelle Reproductive (SSR)/Violences Basées sur le Genre (VBG)

« Il faut dénoncer les viols afin de se protéger contre une récidive, contre l’irréparable »

Gnamien Emilienne Coulibaly est directrice exécutive de l’ONG Dignité et Droits pour les enfants en Côte d’Ivoire. Dans cette interview, elle a affirmé que ‘’laisser un criminel en liberté, c’est lui offrir ou lui permettre de commettre encore et encore des crimes’’.

A l’en croire, il existe plusieurs actions en justice pour les viols contre les femmes qui restent à ce jour impunies.

Aujourd’hui, il y a de nombreux cas de violences faites aux femmes notamment les viols qui ne sont pas révélés au grand jour. Qu’est ce qui explique cela ?

La violence à l’égard des femmes est un phénomène réel qui gangrène nos sociétés et nos communautés. Elle se manifeste à tous les niveaux. Au travail, dans les rues comme dans les milieux familiaux où elle est hélas très bien présente. Elle touche toutes les femmes sans distinction d’âge, d’ethnie, de religion, d’état physique ou mental. Les fillettes handicapées, les filles handicapées et les femmes handicapées sont elles aussi très bien touchées par les VBG. Vulnérables en raison de leur état physique (motricité réduite), de leur état sensoriel tel que la surdité, la mutilé et/ou la cécité totale ou partielle et de leur état mental relative à la déficience intellectuelle, les femmes en situation de handicap constituent des victimes parfois privilégiées par des agresseurs sans vergogne. Ils profitent de leur état pour commettre leurs forfaits et restent souvent impunis. Impunis en raison soit de l’incapacité des femmes handicapées à les reconnaitre (Ndlr : femmes déficientes visuelles ou intellectuelles) ou soit en raison du peu d’intérêt accordé par les parents d’une survivante handicapée à sa personne. En effet, les femmes handicapées victimes de VBG sont le plus souvent sous estimées par la société et leurs familles qui les relèguent au second rang. On n’assiste souvent en cas de VBG sur une femme handicapée à des langages discriminatoires et inhumains. C’est le cas des expressions : « toi aussi tu veux te plaindre pour une violence sexuelle », « tu es sûre que le monsieur t’a réellement violée ? », « tu n’es pas intelligente. On n’a pas besoin d’aller porter plainte pour toi ni de te conduire à l’hôpital ». Ce traitement ou ce langage inhumain est toujours d’actualité. Et il faut que les choses changent. Les femmes handicapées sont des femmes comme toutes les autres femmes et elles méritent une attention et une protection particulière ou additionnelle en raison de leur handicap.

 

Quels sont les facteurs favorisant le viol?

Les facteurs sont d’ordres individuels notamment la consommation de drogue et d’alcool, les attitudes et croyances propices à la violence sexuelle, les tendances impulsives et antisociales, la préférence pour les relations sexuelles impersonnelles, l’hostilité envers les femmes, être témoin de violence dans la famille pendant l’enfance, le Jeune âge… Ils peuvent également être d’ordres relationnels tels que la fréquentation de pairs délinquants et agressifs sur le plan sexuel, un milieu familial caractérisé par la violence physique et l’insuffisance de ressources, un milieu familial peu favorable sur le plan affectif. Nous pouvons ajouter aussi les facteurs communautaires qui peuvent se caractériser par la pauvreté, le manque d’emploi, l’insuffisance de soutien institutionnel (police/justice), la tolérance générale de l’agression sexuelle dans la communauté, les sanctions communautaires insignifiantes, la faiblesse du pouvoir de décision (dépendance). Il y a également les facteurs sociaux comme les guerres catastrophes naturelles, le déplacement massif de population. Les facteurs institutionnels notamment les normes sociétales propices à la violence sexuelle (supériorité masculine), l’insuffisance de lois et politiques condamnant les violences sexuelles, les lois et politiques favorisant la discrimination entre l’homme et la femme et l’impunité sont également pris en compte comme facteurs favorisant le viol. Enfin, les facteurs physique et médicaux tels que le handicap psychique, le handicap physique (estropié, paralytique), le handicap sensoriel représenté par la cécité et la surdité sont des facteurs favorisants. Les VBG sévissent tant en situation de paix qu’en situation de guerre, dans la vie de tous les jours et les raisons de ces actes sont généralement l’abus de pouvoir, l’impunité, la prolifération des armes, le déplacement des populations, la pauvreté etc.

Quel appel pouvez-vous lancer aux familles de ces victimes qui souvent par peur décident de ne pas porter plainte ?

Chers parents, chères survivantes, le viol est un crime dans notre pays. Refuser de porter plainte et ou retirer sa plainte après son dépôt reviennent à protéger un criminel. Laisser un criminel en liberté, c’est lui offrir ou lui permettre de commettre encore et encore des crimes. Il faut dénoncer les viols afin de se protéger contre une récidive, contre l’irréparable. N’ayez pas peur d’aller jusqu’au bout de la procédure juridique et judiciaire. Notre ONG est là et il existe des plateformes qui sont prêtes à vous soutenir face aux menaces brandies par vos agresseurs. Aussi, nous remercions les autorités pour les efforts déjà consentis pour mettre un terme aux violences sexuelles. Ces efforts sont certes louables mais il convient de les renforcer pour mettre fin aux arrangements à l’amiable, pour assurer la protection des survivantes contre les représailles probables, pour soutenir la prise en charge médicale des survivantes, pour diminuer le coût des certificats médicaux et pourquoi pas pour les produire gratuitement en cas de violences sexuelles, pour intensifier la sensibilisation des populations contre les violences sexuelles sur les chaines nationales de télévision et de radio comme cela a été le cas pour la récente pandémie à Corona virus.

 

Interview réalisée par Guy Martial Kouassi

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Encadré

Après 3 ans d’exécution, voici les statistiques globales des activités de prise en charge de survivantes du projet de Santé Sexuelle Reproductive (SSR) et de Violences Basées sur le Genre (VBG) porté par l’ONG DDE-CI

L’intensité des activités de prévention réalisées a suscité une forte dénonciation de cas de viol fait aux filles et aux femmes.

Partant sur la durée de mise en œuvre du projet, 148 survivantes ont été assistées et prises en charge. Ce qui est le plus marquant, c’est que la majorité de ces survivantes assistées sont âgées de moins de 18 ans, donc des mineures dont 9 sur 14 sont porteuses de handicap, 13 sur 15 ont porté une grossesse à la suite du viol et 4 ont été infectées par le VIH/SIDA. Il faut noter que ces survivantes ont été assistées sur le plan médical, juridique et judiciaire, psychologique, socio-éducatif. Au niveau de la commune de Bouaké, ce sont 23 cas de viol qui ont été pris en charge dont 13 mineures. La commune de Yopougon enregistre le plus fort taux avec 67 cas de prise en charge dont 8 victimes en situation de handicap. Sur les cas assistés dans cette commune, 63 sont des mineures avec 4 victimes porteuses de grossesses à l’issue du viol et une infectée du VIH/SIDA.

Au niveau de la commune de Koumassi, ce sont 20 cas de viol qui ont été pris en charge. La commune de Port-Bouët est la seconde localité la plus touchée. En effet, elle a enregistré 38 cas de prise en charge et 94,73% de ces survivantes sont âgées de moins de 18 ans. De plus, 8 de ces survivantes ont porté une grossesse et 3 ont été affectées par le VIH/SIDA. Pour lutter contre ce fléau, N’Dri Affoué Juliette, chargée du programme enfant victime d’abus de l’Ong DDE-CI et également chef dudit projet, préconise la vulgarisation des clubs de lutte contre les VBG et la promotion de la santé sexuelle reproductive dans les écoles, l’intégration des cours sur les VBG et sur la promotion de la santé sexuelle reproductive dans les manuels du primaire et du collège et la gratuité de la prise en charge médicale des survivantes y compris le certificat médical…

 

GMK

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Une étude dénombre que 1 121 viols ont été enregistrés pendant le confinement en juin-juillet 2020

Selon la militante féministe Sylvia Apata, présidente de l’Organisation des citoyennes pour la promotion et défense des droits des enfants, femmes et minorités (CPDEFM), qui a pour mission de promouvoir les droits des femmes et des filles et de contribuer à l’éradication des violences à leur encontre, pendant la pandémie de Covid-19 il y a une hausse des viols en Côte d’Ivoire, hausse liée notamment à la fermeture des écoles.

En effet, cette enquête a été réalisée par le CPDEFM sur les violences faites aux femmes et aux filles (VFF) dans le District d’Abidjan en 2020 et ses résultats ont été livrés, en juin 2021. L’étude a été effectuée à Abobo, Anyama, Attécoubé, Koumassi, Treichville et Yopougon. Elle a concerné le quotidien des femmes et filles pendant la pandémie de Covid-19.Ce sondage a été fait grâce à des entretiens en porte-à-porte dans les communes concernées et ce sont au total 5 556 personnes (3 414 femmes et 2142 hommes) de tous les âges, couches socio-culturelles et situations matrimoniales qui ont été concernées. Ainsi, d’après les personnes interrogées, le viol commis sur des femmes apparaît comme la violence la plus courante après les mariages forcés. Au total, 1 121 cas de viol ont été enregistrés entre juin et juillet 2020. Le rapport indique également qu’il y avait un pic de violences sexuelles pendant la période de restriction imposée par la pandémie de Covid-19. Environ 30 % des cas signalés ont eu lieu à ce moment-là.

‘’Nous devons signaler que la victime d’un viol est encore largement, dans la conscience populaire, responsable de ce qui lui est arrivé. La plupart des hommes que nous avons interrogés justifient les viols par des attitudes ou des vêtements qu’ils jugent provocants. Subsiste l’idée que la femme l’a cherché. Les victimes sont d’ailleurs souvent culpabilisées et reçues avec beaucoup de légèreté dans les commissariats quand elles souhaitent porter plainte. La police conditionne encore régulièrement l’enregistrement de la plainte à la délivrance d’un certificat médical, même si un arrêté ministériel stipule que les officiers de police judiciaire n’ont pas à l’exiger’’, a fait savoir la première responsable de ladite organisation.

Par ailleurs, Sylvia Apata, également juriste, consultante en droits des femmes et enseignante vacataire en relations internationales préconise que ce certificat médical, facturé à 50 000 francs CFA, soit rendu gratuit pour les victimes en situation de précarité.

 

GMK

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Koffi Kouassi Socrate, chef de service mobilisation sociale à la Direction du programme national de lutte contre les VBG au Ministère de la Femme, de la Famille et de l’Enfant

 « La presse a un rôle préventif dans la lutte contre les viols »

« Les différents types de VBG sont le viol, les agressions sexuelles (mutilations génitales féminines et excision), les agressions physiques, le mariage forcé, le déni de ressources, d’opportunités et de services et les violences psychologiques et émotionnelles. Concernant le viol, les journalistes doivent communiquer de façon responsable, en aidant à la diffusion de messages qui participeront au changement de comportement. Ils doivent connaitre et intégrer les principes directeurs dans le traitement de l’information, afin de contribuer efficacement à la lutte contre ce fléau. Ces principes directeurs sont la confidentialité, la sûreté/sécurité, la non-discrimination, le respect. En fait, la contribution des journalistes à la lutte contre les viols est de raconter les témoignages dans les médias. Ainsi, en tant que journalistes, vous devez aller au-delà du silence de la victime pour ne pas vous rendre complices indirectement du crime qui lui est fait. Les journalistes doivent d’abord prioriser la sécurité et l’intérêt de la survivante. Ils doivent traiter les questions de viol contre les femmes non pas comme des faits divers, mais bien comme un grave problème de notre société. Pour les dénonciations, le programme de lutte dispose d’un numéro vert, le 1308 ».

 

Propos recueillis par GMK

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Une victime de viol témoigne: « J’ai été violée à ma descente du travail… »

Je me nomme KSD, je suis adjointe administrative dans un ministère. Je travaille dans la commune du Plateau et j’habite Yopougon. J’ai la trentaine et je suis une personne aveugle.  Chaque jour, je parcours cette distance avec l’aide de personnes de bonne volonté dans le bus. Je suis mère d’une fille et je vis en concubinage. Dans le mois de février 2021, je descendais un soir du boulot. Comme d’habitude, j’ai emprunté le bus numéro 40 pour me rendre à Yopougon. Dans le bus, il y a un monsieur qui m’a cédé sa place pour que je puisse m’asseoir. Tout au long du parcours, nous avons causé et sympathisé, il avait l’air d’une bonne personne. Aussi, avec mon handicap, je me suis dite qu’il compatissait. Arrivés à Yopougon, au niveau du carrefour Saint-André, nous sommes descendus car, c’était mon arrêt pour que j’emprunte un taxi intercommunal pour rentrer chez moi. D’après le monsieur, sa maison n’était pas loin de la zone où nous sommes descendus du bus. Ainsi, il m’a proposé de m’accompagner chez moi mais, de lui permettre de déposer ses affaires à la maison chez lui. Je ne voulais pas mais, avec insistance, il a fini par me rassurer en me disant que je n’avais pas à avoir peur. Une fois chez lui, il m’a demandé de me mettre à mon aise. Il a profité pour fermer les portes et il s’est jeté sur moi pour me violer. Malgré ma résistance et mes cris, je n’ai pas pu me sortir de là. Il a abusé de moi et m’a mise dehors. J’ai demandé à certains passants de m’orienter vers la voie principale et c’est à ce moment que j’ai fait appel à ma fille pour qu’elle vienne me chercher. Il faut dire que je n’ai pas raconté cette histoire à mon mari ni à ma fille. Ça a été difficile et aujourd’hui, je ne permets plus jamais à un inconnu de s’approcher de moi. C’est vrai que je n’ai pas porté plainte car, dans mon cas, je ne pouvais pas reconnaitre mon bourreau, ni chez lui et il faut dire que j’avais vraiment honte de le signaler. Je me suis dite qu’est-ce que les gens allaient penser de moi ? qu’est-ce que je faisais chez ce monsieur ? Que penseraient mon concubin et ma fille ? Avec mon handicap, je ne pouvais supporter cette situation. Mais, je voudrais dire à toutes mes sœurs qui ont subi les mêmes choses que moi de dénoncer ces ‘’monstres’’.

 

Propos recueillis par GMK

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Encadré

Que dit la loi ivoirienne en cas de viol

Selon les articles 403 alinéa 1 et 403 alinéa 2 du code pénal (CP), ‘’constitue un viol, tout acte de pénétration vaginale, anale, buccale ou de quelque nature qu’il soit à but sexuel imposé à autrui sans son consentement en usant d’une partie du corps humain ou d’un objet, par violence, menace, contrainte ou surprise. Aussi, le viol est considéré comme tout acte de pénétration vaginale, anale, buccale ou de quelque nature qu’il soit à but sexuel commis sur un mineur de quinze ans, même avec son consentement. 

L’article 403 alinéa 4 du code pénal stipule que la condamnation peut aller de 05 à 20 ans de prison. Aussi, l’emprisonnement à vie peut être requis lorsqu’il est commis : (article 404 du CP) sur un mineur ; sur une personne dont la vulnérabilité est due à son âge, à une maladie, à une infirmité, à une déficience physique ou psychique ou à un état de grossesse apparente ou connue de l’auteur ; par un ascendant ou par toute autre personne ayant autorité sur la victime ;   par une personne qui abuse de l’autorité que lui confèrent ses fonctions ; par plusieurs personnes ; avec usage ou menace d’une arme ; par une personne agissant en état d’ivresse manifeste ou sous l’emprise manifeste de produits stupéfiants.  Cette loi précise également que le viol est puni de la même peine lorsque l’auteur, à cette fin, a eu recours à un réseau de communication électronique pour la diffusion de messages à destination d’un public non déterminé, ayant permis de rencontrer la victime ; lorsqu’il est précédé, accompagné ou suivi de tortures ou d’actes de barbarie.  « Le viol est constitué dans les circonstances prévues aux alinéas précédents, quelle que soit la nature des relations existant entre l’auteur et la victime. Toutefois, s’ils sont mariés, la présomption de consentement des époux à l’acte sexuel vaut jusqu’à preuve du contraire », prévient le code pénal.

 

Guy Martial Kouassi

 

Commentaires

Guy Martial Kouassi

Guy Martial Kouassi, Journaliste Web à Ivoirehandicaptv.net depuis 2019. Auparavant, j'ai exercé ce métier tout d'abord sur le site internet www.lebabi.net dans les rubriques Faits divers et High Tech en 2013, ensuite dans le journal papier ''La Synthèse'' au service culture et en ligne www.lasynthèse.net en 2017
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