3è Age

Dr Dago Akribi Nathalie (Gériatre à Montpellier) : « le sujet âgé n’est pas un sujet qu’il faut traiter comme un sujet adulte »

Aller apprendre et venir partager ce savoir et le mettre à la disposition des parents, c’est ainsi qu’on peut justifier la présence de Dr Dago Akribi Nathalie aux cotés de l’Association des Retraités de Cocody lors de la 10ème édition de ses journées médicales qui se sont tenues du 15 au 17 juin 2021. Cette gériatre qui exerce à Montpellier dans le sud de la France a effectué le déplacement pour venir prendre une part active à ces journées médicales en prononçant une excellente conférence sur « les grands syndromes de la fragilité du sujet âgé qui raccourcissent l’espérance de vie et les actions à mettre en place pour les éviter ». Dans cet entretien qu’elle nous a accordé, Dr Dago Akribi Nathalie revient sur la prise en charge du patient âgé.

Docteur, de Montpellier, vous voila à Abidjan à l’occasion des journées médicales organisées par l’Association des Retraités de Cocody. Qu’est ce qui justifie votre présence aux cotés de l’ARECO ?

Je suis gériatre dans la région de Montpellier dans le sud de la France. L’Association des Retraités de Cocody (ARECO), ça fait un moment que j’en entends parler. Et en tant que gériatre, je me suis intéressée aux activités de ces retraités. J’ai fait aussi un constat personnel. C’est que dans nos familles, toutes ces personnes que nous avons connues, nos parents, nos tontons, nos tatas qui sont devenus papis et « mamis » se retrouvent un peu dans un état d’isolement parce que les enfants ayant leurs activités professionnelles ou étant partis à l’extérieur. J’ai trouvé que c’était une bonne façon de pouvoir redonner vie à ces parents qui nous ont portés et qui subissent un peu cette retraite parce que n’ayant pas les moyens de pouvoir l’assumer correctement.

Dr Dago Akribi Nathalie aux cotés de l’Association des Retraités de Cocody

Qu’est ce que vous a poussée à vous spécialiser en la gériatrie ?

Je suis Oncologue et hématologue de formation. Et je suis venue à la gériatrie parce qu’à un certain moment je m’occupais des personnes âgées qui étaient atteintes de cancer. Donc j’ai eu une spécialité en Onco-hémato-gériatrie, c’est la cancérologie adaptée pour le sujet âgé. En voyant et en travaillant avec les personnes âgées qui avaient le cancer et qui par moment même pouvaient s’en sortir a fait grandir ma passion de prendre soin des sujet âgés. Je me suis dit mais pourquoi ne pas faire la gériatrie. Ce qui me permet d’avoir une vision beaucoup plus globale du sujet âgé.

Pour vous, quelle importance revêt les journées médicales organisées par l’Association des Retraités de Cocody pour ses membres ?

Le sujet âgé ce n’est pas un sujet qu’il faut traiter comme un sujet adulte. C’est un sujet qu’il faut suivre, qu’il faut accompagner. Et l’initiative de l’Association des Retraités de Cocody (ARECO) de faire ces journées chaque année est déjà une bonne chose. Mais il faudra l’accompagner pour avoir plusieurs journées dans l’année afin de pouvoir suivre chaque retraité et de pouvoir lui donner les moyens de pouvoir bien vivre sa retraite. Une semaine au cours d’une année, il y a beaucoup de perdus de vue, il y a beaucoup de pathologies qui s’aggravent et il y a beaucoup de phénomènes de stress, d’isolement qui font qu’on ne peut pas rattraper les choses. Quand on prend la problématique de la douleur, si vous avez une douleur et que vous la banalisez, que vous voyez le médecin une fois et qu’il faut attendre un an encore pour revoir le médecin, je trouve cela dommage parce qu’on perd en espérance de vie.

Dr Dago Akribi Nathalie, lors de sa conférence

Face au laxisme des autorités dans la prise en charge des personnes du 3ème âge, quels soutiens pouvez-vous apporter à des structures comme l’ARECO pour qu’elle puisse multiplier les actions au profit de ses membres ?

C’est une très bonne question parce qu’effectivement on a tendance à regarder l’extérieur en se disant tout est bien là bas, tout est bien organisé. Mais c’est partir aussi de certains constats. Les choses ne se sont pas faites en un jour. Dieu merci nous avons l’occasion de sortir de notre pays et d’aller voir ce qu’il se passe ailleurs. Et prendre l’exemple sur ce qui se passe ailleurs est toujours bénéfique. Je pense que l’échange et la multiplicité du savoir sont toujours bénéfiques. Alors pour moi, accompagner l’ARECO, c’est vrai que ça demande des allers et venus. Mais je ne suis pas seule et je pense qu’on peut le faire aujourd’hui sous forme de consultation par télémédecine. C’est ce qui est très tendance actuellement. Petit à petit, Dieu nous aidant, notre objectif, ce n’est pas de revenir sur le terrain une fois l’an, mais plusieurs fois dans l’année, maximum quatre fois, pour pouvoir suivre vraiment les retraités.

Dr Dago Akribi Nathalie et son confrère Dr Koné Ibrahima

Je pense que le fait de commencer avec de petites actions, cela va permettre aux gens de voir qu’il y a de l’intérêt dans la chose et peut-être remonter vers les autorités. Car donner ces genres de projet aux autorités qui ne comprennent pas forcement ce qu’il se passe, parce que la médecine est vaste, ce n’est pas évident. On ne traite pas un enfant comme on traite un adulte. De même on ne traite pas un sujet âgé comme on traite un adulte. Il faut que nos autorités puissent prendre conscience de cela. C’est-à-dire qu’il faut déjà prendre les choses à l’état embryonnaire, leur montrer que ça marche, que ça porte pour que l’autorité puisse en faire un objectif. On peut passer aussi par les autorités communales comme la mairie de Cocody qui accompagne déjà l’ARECO. Elle peut être une vitrine pour les autres communes et comme ça les hautes autorités prendront conscience. Mais il faut commencer

Des partenariats entre des structures comme l’ARECO et des structures sœurs occidentales sont-elles envisageables pour booster leurs actions ?

« les grands syndromes de la fragilité du sujet âgé qui raccourcissent l’espérance de vie et les actions à mettre en place pour les éviter » thème de la conférence du Dr Dago Akribi Nathalie

Effectivement c’est faisable. Mais la problématique est que souvent les gens qui sont de l’autre coté ont toujours l’impression que l’Afrique est en train de tendre la main et que l’Afrique ne peut pas se prendre en charge. Ce qui est complètement faux. Je pense qu’en Afrique on peut faire plein de choses, particulièrement en Côte d’Ivoire où nous sommes très avancés dans plusieurs domaines. On peut faire plein de choses pour leur montrer que nous en autonomie on peut faire des choses. Quitte à ce que après il y ait des partenariats. Mais, il ne faut pas toujours donner l’impression, parce que c’est ce qui s’est passé pendant des années, qu’on est toujours là la main tendue et qu’on attend toujours des autres. Comme je vous le disais, bien heureusement, nous fils et filles du pays qui avons eu cette opportunité de sortir, c’est à nous de revenir et de booster ceux qui sont restés et d’apporter, peut être, le plus. Je dis « peut-être » parce qu’il y a plein d’initiatives qu’on peut prendre ici tout en autonomie.

Interview Réalisée par Eugène YOBOUET     

 

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Eugène Yobouet

Mon nom est Eugène YOBOUET. Je suis journaliste à ivoirehandicaptv.net depuis le 04 janvier 2021. Au paravent j'ai exercé comme writer à Opéra New d'avril 2019 à Juillet 2020.
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